AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 28 dans les ambiguïtés qu’elles (sur)ajoutent : « littératures de l’exiguïté », « littératures minoritaires », « petites littératures » (Paré 1994, 9-10), « littératures connexes » , « littératures marginales » (Mouralis 1990, 36), « littératures de l’exterritorialité » (Bessière et Karátson 1982, 90), etc., et leur unique – voire inique – contrepartie déclinée en termes de « grande littérature », « littérature majoritaire », « littérature prioritaire », « littérature dominante », de littérature tout court – se sont imposés comme le seul mode d’être et de faire du fait littéraire médié par la langue française. Et avec cette imposition le corollaire incontournable : à toujours se penser dans la marge, à toujours s’évaluer et vouloir se réaliser suivant le modèle du centre parisien, peut-on réellement être autre chose sinon marginal, périphérique ? L’écrivain francophone obnubilé par l’idée du centre, quelque rêve de décentrement ou de recentrement qu’il caresse, bute au moins contre un double rebord institutionnel qui l’oppose au centre. Il s’agit des institutions universitaire et éditoriale, elles-mêmes fonctionnant comme deux battants solidaires d’un même étau dans lequel il est coincé et, paradoxalement, entend se définir. En effet, à considérer le premier des deux pôles auxquels cet article se consacrera, on se rend vite à l’évidence qu’aucun écrivain francophone institué, consacré, ne se situe complètement en dehors des quatre relais de la constitution et de la transmission du savoir par l’université que sont la formation (de l’écrivain), l’emploi (de l’écrivain), l’usage (de l’écrivain) comme sujet de lecture, d’enseignement ou de critique, lesquels relais pèsent par ailleurs bien lourd dans cette consécration. De plus, il appert que l’institution universitaire actuelle, aussi bien dans ce qu’elle a à offrir que dans ce qu’elle se donne le droit d’exiger, pose des réquisits qui acculent au centre et prédéterminent, pour une large part, ceux de l’institution éditoriale elle-même acquise à la vision francocentriste. Tout en pensant les paramètres qui informent cette situation d’écartement, sinon d’écartèlement, qui définit la gestion des biens symboliques emballés dans la langue de Molière semée à tout vent – colonial – aux quatre coins de la planète, les contradictions qu’ils recèlent, les démarches et détours presque acrobatiques qu’ils imposent à l’écrivain francophone soucieux de « se faire un nom, un nom connu et reconnu, capital de consécration impliquant un pouvoir de consacrer des objets […] ou des personnes […], donc de donner valeur, et de tirer les profits de cette opération » (Bourdieu 1992, 210) dans la cour des grands (du centre), le présent article se fixe pour objectif d’examiner le poids des institutions éditoriale et universitaire sur la balance de la sociologie littéraire francophone et les préjugés que celle-ci recèle. Il s’essaiera aussi à une réflexion sur les conditions d’une dé- marginalisation bien comprise.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=