AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 316 (17) a. Dormez bien, mangez bien, prenez des forces. (Genevoix) b. Un tableau de Müller m’avait bien plu. (Alain-Fournier) L’acception quantifiante de bien peut être glosée par « beaucoup », ce qui est cohérent avec la structuration métaphorique des concepts fondamentaux proposée par Lakoff et Johnson (1985) qui soulignent la corrélation – sur le plan cognitif – entre l’évaluation positive et la grande quantité. Sur le plan argumentatif, bien et beaucoup sont d’ailleurs co- orientés, ce que montrent les différences d’acceptabilité des exemples suivants : (18) a. J’ai bien mais peu dormi. (Sartre) b. ?* J’ai bien mais beaucoup dormi. c. J’ai beaucoup et bien dormi. Lorsqu’il reçoit une valeur quantifiante ou intensive, l’adverbe bien présente des caractéristiques spécifiques : il n’est ni gradable, ni compatible avec la négation : (19) a. *Elle s’est très bien ennuyée. b. *Elle ne s’est pas bien ennuyée. Qu’en est-il de l’adverbe mal ? Il est bien évident que si l’évaluation positive et la grande quantité sont étroitement corrélées sur le plan cognitif, l’évaluation négative et la petite quantité le sont également. Sur le plan argumentatif, de même que bien et beaucoup , mal et peu sont co-orientés, comme l’indiquent les différences d’acceptabilité des exemples suivants : (20) a. J’ai beaucoup dormi, mais mal. b. ?* J’ai peu dormi, mais mal. c. J’ai peu et mal dormi. Pour autant, il ne semble pas que l’adverbe mal puisse recevoir une interprétation à proprement parler quantifiante ou intensive. En effet, mal est incompatible avec des prédicats qui excluent une interprétation qualifiante : (21) a. * Il a mal plu cette nuit. b. *Elle s’est mal ennuyée aujourd’hui. De plus, si, comme le note Bacha (2001, 17 et 2005, 33), l’adverbe mal peut être interprété comme signifiant « insuffisamment » : (22) C’est alors qu’il m’a initié au roman américain, que je connaissais mal. (Mohrt) il n’en demeure pas moins gradable :

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