AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 317 (23) a. Il ne connaissait que très mal l’œuvre de Bach, mais il ne voulait pas l’avouer à cette femme. (Romilly) b. Il lisait un peu, s’attendrissait beaucoup, et cherchait à tâtons les traces d’un passé qu’il avait grand remords de connaître si mal. (Romilly) ce qui tend à indiquer qu’il s’agit de l’adverbe de manière. Reste la locution adverbiale pas mal , dont la genèse ne sera pas abordée ici, et qui, dans des conditions analogues à bien – i. e. pour l’essentiel en fonction des propriétés syntaco-sémantiques du verbe auquel elle est incidente 9 – est susceptible de recevoir une interprétation quantifiante ou intensive 10 : (24) a. – Il a plu pas mal, dit Charnier. (Rochefort) b. Et le gigot, sur son lit de loubiats, a pas mal souffert aussi ! (Simonin) Dénotant la quantité ou l’intensité, la locution adverbiale pas mal n’est pas gradable : (25) a. *Il a plu pas (très + trop) mal. b. *Le gigot a pas (très + trop) mal souffert. la présence d’un quantifieur entre pas et mal induisant une interprétation qualifiante : (26) Lui blond grand doux formidable à la batterie. Moi noire petite, qui grattais pas trop mal sur ma guitare, […]. (Rivoyre) Comme bien , pas mal dénote une quantité (ou, le cas échéant, un degré d’intensité) importante, et est glosable par « beaucoup », la force argumentative de pas mal étant moindre que celle de bien : (27) a. Il a pas mal plu cette nuit, il a même bien plu. b. ?* Il a bien plu cette nuit, il a même pas mal plu. À la différence de bien , pas mal constitue une réponse parfaitement acceptable à une interrogative portant sur la quantité ou l’intensité ( – A-t-il 9 Sur les caractéristiques des verbes permettant une interprétation qualifiante, quantifiante, intensive ou itérative de pas mal , voir Bacha 2005. Ces caractéristiques sont similaires à celles qui régissent l’interprétation de comme exclamatif et comparatif. Sur ce dernier point, voir Moline 2008 et 2010. 10 La présence ou l’absence de la particule négative ne ne suffit pas à distinguer la locution adverbiale pas mal (quantifiante ou intensive) de la négation de l’adverbe de manière mal . Si la présence de cette particule impose –en synchronie tout au moins – une interprétation qualifiante, son absence n’a pas une incidence aussi forte, et une interprétation qualifiante demeure possible.
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