AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 318 beaucoup plu ? – Pas mal/*Bien ), ce qui semble indiquer que bien conserve certaines caractéristiques de sa valeur fondamentale d’adverbe de manière, tandis que pas mal peut fonctionner comme un véritable quantifieur. Enfin, à la différence de mal , bien et pas mal sont, dans certains contextes, glosables par « complètement » 11 : (28) a. Si j’avais attendu un patriarche courroucé, cambré, majestueux, je m’étais bien trompé. (Tournier) a’. *Je m’étais mal trompé. b. Seulement alors, j’ai compris pourquoi il se fichait pas mal de ce que les gens pouvaient ou ne pouvaient pas penser ou dire, […]. (Simon) b’. *Il se fichait mal de ce que les gens pensaient. Aucune variation de degré n’est alors possible : (29) a. *Je m’étais pas (trop + si) bien trompé. b. *Il se fiche pas (trop + si) mal de ce que disent les autres. 3. Incidences adjectivale et adverbiale Comme de nombreux d’adverbes de manière, incident à un adjectif ou à un adverbe gradables, bien porte sur le degré d’intensité 12 , et est glosable par « très » 13 : (30) a. – Vous êtes bien pâle ! (Rambaud) b. Le bouc me paraît bien loin... (Boudard) Il est vraisemblable que le glissement de l’incidence verbale, caractéristique des adverbes de manière, à une incidence adjectivale – et, par suite, d’une interprétation qualifiante à une interprétation intensive –, se soit effectué par l’intermédiaire des participes passés, considérés par Nøjgaard (1995, 18) comme constituant un « domaine de transition » entre la détermination verbale et la détermination adjectivale. En effet, pour des raisons sémantiques, certains participes passés sont exclusivement compatibles avec une interprétation de manière, d’autres sont compatibles aussi bien avec une interprétation de manière que de degré, d’autres enfin sont exclusivement compatibles avec une interprétation de degré : 11 Voir Molinier et Lévrier (2000, 188-189) sur les « adverbes de complétude », compatibles avec des termes non gradables. 12 L’intensité est définie par Kleiber (2007, 33) comme la « grandeur des qualités ou propriétés ». 13 Voir notamment Nøjgaard 1995, Guimier 1996, Molinier et Lévrier 2000, Fohlin 2008.
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