AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 320 La situation est plus complexe dans le cas de l’adverbe mal . En effet, si les adverbes et certains adjectifs se combinent difficilement avec mal : (35) a. *Vous êtes mal pâle. b. *Le bouc me paraît mal loin. d’autres adjectifs et de nombreux participes passés l’admettent tout à fait naturellement : (36) a. Désiré le fort, Désiré le résolu tremblait pour peu que retentît la voix de son père et c’est, je pense, qu’il aimait ce personnage mal aimable. (Duhamel) b. [...] un débarquement de cars affrétés par des touristes du troisième âge en goguette emplit le restaurant où je cherche à déjeuner d’un vacarme mal supportable [...]. (Gracq) c. [...] qui confère à Nantes l’autonomie tranchante, l’air de hardiesse et d’indépendance mal définissable, mais perceptible, qui souffle dans ses rues, [...]. (Gracq) (37) a. La voiture est mal garée. (Embareck) b. Mais dès que j’ouvre la bouche, apparaît une rangée de dents jaunes et mal plantées. (Roze) c. Son débit précipité, mal maîtrisé, donnait une expression légèrement douloureuse à son visage. (Roze) À y regarder de plus près, l’adverbe mal se construit sans difficulté avec les participes passés qui permettent la seule lecture qualifiante ( mal filmé ), impose une interprétation qualifiante avec les participes passés qui permettent une lecture soit qualifiante soit quantifiante ( mal maquillée ), et est incompatible avec les participes passés qui imposent une lecture quantifiante (* mal fatigué ). Il semble donc que mal reste un adverbe de manière, y compris quand le sens du participe passé auquel il est incident permet de réinterpréter la manière en petite quantité, comme en (38) : (38) a. L’endroit est mal éclairé et bruyant. (Charef) b. Je répète ma question d’une voix mal assurée, implorante. (Roze) Comme bien , mal est compatible avec la négation : (39) a. Ce n’était d’ailleurs pas mal joué ; [...]. (Jardin) b. Alors j’ai trouvé un bouquin. Pas mal fait… Le type à l’air de s’y connaître. (Jardin) À la différence de bien , l’adverbe est gradable, indépendamment de la présence ou de l’absence de la négation :

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