AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 325 Reste un effet de sens spécifique de bien , corrélé à la présence d’un déterminant numéral, que Péroz (1992, 75 et sq. ) semble associer au précédent, tandis que Martin (1990) et Hansen (1998) l’analysent comme un des emplois extraprédicatifs de l’adverbe bien : (60) a. Gisèle fut bien une semaine sans remarquer l’absence de la photographie. (Romilly) b. Il y en avait bien sept ou huit, assises comme dans une garderie, le regard flou, ou concentré sur leurs genoux, sur leur canne. (Brisac) c. Ils luttèrent un moment debout à armes inégales car il pesait bien soixante-dix livres de plus qu’elle. (Lanzmann, La horde d’or ) Selon Hansen (1998), dont j’adopte l’analyse, « bien assertif constitue une contrepartie marquée de la négation » ( ibid. , 112) : à l’inverse de la négation, qui présuppose l’affirmation (voir Ducrot 1984), les énoncés contenant l’adverbe extraprédicatif bien ( Il est bien venu hier ) se distinguent des énoncés affirmatifs « neutres » ( Il est venu hier ) en ce qu’ils présupposent un point de vue négatif 21 . Cette analyse paraît particulièrement appropriée dans le cas qui nous occupe, bien étant glosable par « au moins », et ne… pas par « au plus » : (61) a. Il y avait bien dix minutes qu’ils étaient arrivés. (Duras) b. Et il n’y a pas dix minutes, il racontait que les belges valent mieux que les gars de la Nièvre. (Bazin) Elle présente en outre l’avantage d’expliquer la spécificité de bien dans cet emploi : mal et pas mal n’ayant pas d’emploi extraprédicatif, il n’est guère surprenant qu’ils ne puissent lui être substitués. 5. Conclusion De ce qui précède, il ressort que les adverbes de manière bien et mal n’ont pas connu une évolution similaire. En effet, si, en sus de la manière, bien est susceptible de dénoter la quantité et l’intensité, tel ne semble pas être le cas de mal , dans la mesure où cet adverbe est nécessairement incident à un prédicat (verbal ou adjectival) compatible avec une évaluation axiologique de la situation décrite. La négation de cet adverbe de manière ( pas mal ) doit être distinguée de la locution adverbiale pas mal , susceptible de dénoter la quantité et l’intensité : dans le premier cas, mal reste gradable ( pas trop mal ), et d’autres adverbes peuvent lui être incident ( très mal , bien mal ) ; dans le second, aucun adverbe de degré ne peut être inséré entre 21 « Les énoncés contenant un bien assertif (…) impliquent quant à eux la prise en compte de la non existence de l’état des choses qu’ils affirment » (Hansen 1998, 114)

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