AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 30 L’urgence et l’ampleur du constat telles que suggérées par la forme superlative exigeraient peut-être que nous laissions apparaître avant toute autre chose les mesures prises ou recommandées par l’équipe de crise. Certains points d’argumentation du livre seront convoqués plus tard, mais pour repenser ces concepts de marginalité, d’exiguïté, etc., et les resituer dans la relation, dans la liaison quelque peu dangereuse, entre le centre et le hors-centre, nous nous arrêtons pour le moment à cette coupe opérée dans le champ francophone. Nous disons coupe et non entaille, mot qui passerait aussi mais à condition qu’on l’investisse d’une valeur chirurgicale, donc curative. Le quatuor France-Belgique-Québec-Suisse ou mieux le trio Belgique-Québec-Suisse autour du centre France – l’ordre alphabétique faussé par le premier nom de la série n’étant sûrement pas un coup de hasard – n’est-il pas une invite à retrouver, en marge de la marge, d’autres sous-marginalités, d’autres sous-minorités qui resteraient également à définir à l’aide d’autres étalons qui ne seraient pas forcément d’ordre linguistique ? Au-delà de ce facteur originel de la langue ne se situeraient-ils pas de plus en plus d’autres qui obéiraient quant à eux, et plus qu’à toute autre chose, aux différents conflits de reconnaissance , dans le sens que la philosophie contemporaine donne au mot reconnaissance, à savoir celle fondée sur la justice elle-même basée sur « l’ajustement entre état des personnes et état des choses » (Ricœur 2004, 325), qui accompagnent l’ère de la mondialisation ? Quoi qu’il en soit, bien au-delà des circonstances historiques spécifiques de l’implantation de la langue française dans les trois espaces – belge, québécois et suisse – par rapport aux autres sphères de la francophonie, il faut poser les problèmes qu’affronte l’écrivain dans les particularités objectives et contextuelles qui l’identifient. Prenons, au hasard de la répartition géographique de la francophonie, un certain nombre d’écrivains tous en quête d’une maison à laquelle confier leurs manuscrits. Situons-les à Vientiane, Hanoi, Kigali, Dakar, Port-au-Prince, Fort-de-France. Comparons leurs conjonctures respectives à celles de leurs pairs francophones qui traînent les mêmes soucis ou nourrissent les mêmes ambitions de se réaliser comme auteurs à Montréal, Bruxelles ou Genève. Qu’ont-ils en commun nos neufs assoiffés de percée dans le panthéon littéraire sinon cette soif même et le médium de la langue française – encore que là aussi chaque contexte culturel, sociolinguistique, etc., apporte ses couleurs, défiant ainsi la facile homogénéité dans laquelle on semble murer la francophonie hors de l’Hexagone ? Pour le reste, ils réussiront plus ou moins bien selon la nature du marché éditorial local, des réseaux de diffusion et de distribution locaux. De même, le degré de leur fortune – dans les sens propre et figuré du mot – dépendra, dans une large mesure, du dynamisme des circuits de consommation et de l’accueil que leur
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