AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 31 réservera, suivant les valeurs et les goûts du jour, le public immédiat. Sous l’angle du lectorat par exemple, Le littéraire et le social nous apprend que « la lecture est […] coûteuse et ne peut être pratiquée que par la partie de la société qui est assez riche pour en payer le prix [et que] la masse lisante et par suite la production des livres dépend de l’évolution de la classe dominante. » (Escarpit 1970, 170) Pour contourner les handicaps des conjonctures locales qui sont légions mais varient d’une région à l’autre, faut-il toujours rappeler, l’écrivain francophone cédera aux charmes de la sirène parisienne. Pour le cas du Québec mesuré à l’aune établie par l’Unesco 1 , Françoise Blaise rapporte ce qui suit : « Restreints à leur seul marché de six millions de francophones [...] les éditeurs québécois ont longtemps assisté à l’exode frustrant de leurs auteurs vers Paris. Éditer à Paris ou ne rien vendre, constate Bernard Robitaille dans la Presse. » (cité par Gauvin 1991, 235). N’est-ce pas de cette situation de frustration – sentiment auquel l’auteur aura sans doute goûté bien avant l’éditeur – que naît le périphérique sous le coup de l’impulsion du désir de se réaliser rien qu’à Paris ? Du même coup se crée et s’entretient la prétention centriste. L’artiste qui se sera ainsi réalisé dans l’Hexagone à grand renfort d’énormes tirages, de nombreuses et efficientes agences publicitaires, de précieux prix littéraires, etc., sera sans doute arrivé là où ses rêves l’appelaient. La vérité est qu’il aura aussi souscrit et apporté son eau au moulin de l’institution éditoriale parisienne qui, forte de cet élan facilement acquis du moment que le manque de choix – éditer à Paris ou ne rien vendre – accule l’écrivain au marché de l’à-prendre-ou-à-laisser, se renforcera davantage comme centre . Que deviennent les termes de l’équation centre versus périphéries avec l’élan que ce coup de pousse – bien entendu involontaire – donne à l’instance de légitimation centrale ? S’attendre à un changement au meilleur ne serait en rien différent de croire que parce que le capitaliste a réalisé de gros gains la condition de l’ouvrier s’en trouvera meilleure. C’est en tous cas l’avis de Jacques Dubois (1978) pour qui les « littératures minoritaires [...] prises dans un rapport typique de domination et de répression » (129) seraient utilisées comme repoussoir par la « bonne littérature » ( ibid .). Il explique : Par littératures minoritaires, nous entendons les productions diverses que l’institution exclut du champ de la légitimité ou qu’elle isole dans des positions marginales à l’intérieur de ce champ. C’est ainsi qu’elles n’apparaîtront pas dans les manuels de littérature ou, si elles y apparaissent, elles se verront reléguées à part. L’institution n’est cependant pas indifférente à leur existence puisqu’elle a besoin des productions 1 « Selon l’Unesco, une littérature doit disposer d’un marché minimum de douze millions d’habitants pour voler de ses propres ailes », rappelle Françoise Blaise dans le livre né de la conférence de Royaumont que nous avons évoqué plus haut.

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