AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 32 qu’elle “minorise”, en les considérant comme inférieures, pour mieux valoriser la bonne littérature. ( Ibid. ) Point n’est besoin de plus ample preuve démonstrative à la dynamique hétérotrophe du pouvoir éditorial parisien. Ajoutons plutôt que la langue française et sa littérature ne manquent pas non plus leur part de ce poisson sorti des eaux périphériques pour être livré bien désossé et bien grillé à l’institution éditoriale hexagonale et ce au prix que seule cette dernière aura le beau loisir de fixer. Doina Popa-Liseanu note à ce sujet : « Ces écrivains venus d’ailleurs , sont responsables, en grande partie, de la bonne santé de la littérature française contemporaine […] et sont ceux qui prennent, de nos jours, la défense – voire l’ illustration – du français. » (in Bisanswa et Tétu 2003, 15). Eu égard aux diverses motivations qui amènent l’écrivain francophone à nouer avec l’éditeur français ce pacte qui lui met le marché en main, on serait tenté de dire que malgré l’inégalité du rapport, les deux parties ont chacune de son côté quelque bénéfice à en tirer. Puisque Paris permet aux « talents du Sud [...] de se faire connaître » (51) comme l’affirme Kapanga dans « Les francophonies africaines sous le parapluie de la France ? », leur sert de « dernier recours contre les censures nationales » (in Bisanswa et Tétu 2003, 70), et suivant la réflexion de Josias Semujanga dans « Diversité culturelle et enseignement des littératures francophones : perspectives critiques sur la littérature africaine », y a-t-il lieu de crier haro sur le flirt du livre francophone avec la plaque tournante parisienne ou avec tout autre centre – si nous prenons pour acquis le principe de la relativité de la notion de centre – de nature à en favoriser la diffusion ? A priori la réponse serait non. Pourtant, toujours au nom de la relativité qui impose toujours et partout son droit, certains verront dans cet exode aux motivations multiples une arme qui se retourne inévitablement contre soi. « Parmi les cultures de l’exiguïté, les minoritaires sont celles qui tendent le plus à sacraliser l’autodestruction », avertit François Paré (1994, 14). Sénamin Amedegnato, dans « Du livre pauvre au livre riche : La réception de la francophonie togolaise », article publié dans Palabres , voit les choses d’un autre œil car selon lui « l’écrivain [francophone tourné vers Paris] (ne) renonce (pas) à être lui-même, loin s’en faut. Il souhaite simplement éviter une posture ghettoïsante, pour s’inscrire dans les grands mouvements qui traversent l’humanité ; une mondialisation littéraire en somme. » (2005, 71) Plutôt que de s’aligner derrière l’un ou l’autre point de vue, n’est-il pas plus édifiant de réorienter la réflexion en reposant la question somme toute classique du pourquoi écrit-on ? Seule la réponse que chacun, et surtout chaque auteur, donne à la question peut permettre de juger du problème de l’édition dans le monde francophone ramené à l’équation du centre et de la périphérie. Écrira-t-on pour que le patrimoine culturel de sa nation s’en

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