AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 33 trouve accru, tienne le rang dans la compétition « gendelettriste » ? On (pré)tendrait alors à l’autarcie. On se défendrait bec et ongles contre tout espace où on risque de servir de repoussoir, contre tout centre réel ou supposé qui raffole de s’imposer comme point de mire et d’être reconnu pour tel. Il faudrait alors qu’on s’astreigne à marcher sur ses propres cannes si labiles soient-elles et quelque sinueux que le chemin soit. L’inévitable danger dans ce cas serait de verser dans le folklorisme, voire le clientélisme, maux auxquels s’expose tout artiste campé sous la bannière nationale, nationaliste. Pour celui-ci, le combat contre le(s) centre(s) vaudrait bien la peine d’être mené. Si, par contre, on écrit, crie 2 par solidarité pour la « reprise totale du monde » (Sartre 1957, 72), contre quelque « empire de la honte » suivant les mots du titre du livre de Jean Ziegler, les notions de centre et de périphérie ainsi que leurs corollaires apparaîtront autrement. L’important sera qu’à travers son cri, peu importe le foyer émetteur, cette exigence d’exister ensemble – Je me révolte, donc nous sommes (Camus 1951, 36) – soit satisfaite. Mais on rétorquera que le trophée consiste à gagner le pari tout en honorant la patrie – ou tout autre nom que le chez-soi affectionnera de porter. L’erreur serait de penser justement qu’en marge de la jungle de la realpolitik actuelle et de ses mirages mondialistes il puisse exister un domaine dans lequel, au nom de nous ne savons quel passe-droit, quelques biens – quand bien même ils s’appelleraient symboliques – échapperaient au sort réglé par les si tortueuses voies de la circulation. La belle utopie à la Roland Barthes aurait-elle changé de modalité ? Pas le moins du monde ! Elle garde bien sa valeur optative la belle idylle de celui qui écrivait : J’imagine donc une sorte d’utopie, où les textes écrits dans la jouissance pourraient circuler en dehors de toute instance mercantile et où, par conséquent, ils n’auraient pas ce qu’on appelle – d’un mot assez atroce – une grande diffusion […]. Ces textes circuleraient donc dans de petits groupes, dans des amitiés, au sens presque phalanstérien du mot, et par conséquent, ce serait vraiment la circulation du désir d’écrire, de la jouissance d’écrire et de la jouissance de lire, qui feraient boule, et qui s’enchaîneraient en dehors de toute instance, sans rejoindre ce divorce entre la lecture et l’écriture. (1980, 44) En attendant le mariage des utopies et de la réalité, l’écrivain francophone, comme tout autre marchand de l’ère marquée du paradoxe de l’unification du monde dans la mondialisation – qui n’épargne aucun effort dans le marquage des frontières entre ceux nantis des moyens de consommer –, la seule unité de valeur valable pour l’homme mondialisé, et ceux en dépourvus, sera obligé de jouer le jeu du monde, c’est-à-dire suivre le 2 « Écrire, c’est pousser un cri. Dans l’urgence » suggère Françoise Blaise, éditrice au Seuil, dans La francophonie au seuil (cité par Gauvin et Klinkenberg 1991, 223).

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