AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 46 de son enfance dans l’ouest, parmi les vignes. C’est en somme un avatar du symbole de la feuille verte, cher aux roumains. Notons l’envie du père- amant de se plonger dans l’écorce d’un arbre lorsqu’il est troublé par les révélations du fluide astral par le pharmacien. Y cherche-t-il un refuge ? Le rapprochement avec les Haidoucs d’Istrati illustre une tradition roumaine. L’importance de ces lieux est fatidique car ils sont les sources des mythes qui régissent leur puissant magnétisme sur les gens c’est l’endroit « où les fils mythologiques du roman d’Egli se renouent et se renforcent » (Conceatu 2009, 159), dans une sorte d’absence de temps. 2. L’atemporel L’atemporel est flagrant dans la structure du livre. Nous sommes mis au courant des amours incestueuses entre père et fille au premier chapitre par un narrateur. Le huitième chapitre, sous la forme de la douzième des lettres non datées de Ioana à Alexandru (Egli 139), explique comment Anda, la jeune fille de 18 ans, a su jouer le rôle de Salomé pour séduire son père qui attendait sa maîtresse Ioana dans sa garçonnière. Cette lettre est une confession de Ioana qui a donné la clé à Anda. Ioana a compris la force et l’attraction de son amant envers sa propre fille. Vaincue, cette actrice qui fait carrière dans les rôles d’Ophélie et de Jocaste, accomplit un geste fatal à ses propres amours. Ce geste de désespoir, celui de remettre la clé à sa rivale, se rapproche de celui de la reine de Thèbes mère et épouse d’Œdipe, qui se tue. Les second, sixième et huitième chapitres sont les cinquième, septième et douzième lettres de Ioana à Alexandru. Elles racontent leur liaison mais ne cadrent pas avec le présent puisque Alexandru les brûle aussitôt qu’il les reçoit, détruisant le passé proche. Le décalage entre le premier chapitre et le huitième accentue l’atemporel. C’est une sorte de présent pur, sans commencement ou fin, à l’image des sculptures géantes de femmes en une ronde infinie et jamais nouée de Léonard, époux de l’actrice. Un autre parallèle d’infini de temps et d’espace est celui donné par le pharmacien disciple de Paracelse, du chapitre IX. Paracelse, fondateur de la médecine hermétique, trouve une correspondance du monde extérieur et des différentes parties de l’organisme humain. Le pharmacien déclare que le fluide astral nerveux ou magnétique nous rend esclave. L’être humain est bipolaire. Ses deux poles n’agissent jamais l’un sur l’autre. La présence d’un circuit implique qu’il y a unité et cette unité peut scinder : Dans cette logique des paires associées, les hommes auraient donc un double (172) […] ceux qui trouvent leur double sont victimes d’un piège. Ils
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=