AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 47 s’autodévorent à force de se reconnaître (174) […] L’égo est scindé, l’égo est dans le miroir et devant le miroir. (174) Poupées de cire dans les mains du destin, Alexandru et son double le sont tous deux. Le nom du double « commence par un A. Toujours par un A », continue le pharmacien. Arrêtons-nous sur cette première lettre de l’alphabet. Est-elle un commencement de lecture ? Un signe qui demande l’entendement des lettres suivantes ou quelque chose de nouveau avec une suite indéfinie et troublante ? Cet A serait-il aussi la marque d’un présent qui perdure et d’une vérité ? Serait-il, le soir de la visite avinée chez l’apothicaire, une image rappelant la recherche de la connaissance par Rabelais ? À moins qu’il signifie Adam début de l’humanité d’après la chrétienneté ou Abel victime de Caïn ? Pour Alexandru le A est sa fille incestueuse Anda qu’il aime d’une passion érotique. La folie d’un chef-d’œuvre impossible fait place, au troisième chapitre, au roman noir avec amours d’occasion, de l’espionage de dossiers trop mis en vue par un Uga employé de mairie assez borné mais âpre au gain. Uga est informant à la police. Devenu un personnage dangereux aux traficants illégaux de mercure dans lequel le stomatologiste Alexandru Bena entraîne sa fille Anda, il faut le faire disparaître. Uga est l’amant d’Anda. Il la fascinait parce qu’il se fichait de la mort (45). Elle l’a tué sous l’ordre de son père. Ce chapitre emploie le je d’Anda qui s’accuse d’avoir tué un homme, un parallèle avec un incident de son enfance décrit dans chapitre premier, lorsqu’un grand garçon l’accuse d’avoir tué un moineau tombé à ses pieds. Le chagrin d’Anda fait place à une haine amoureuse et passionnée du père- amant et le rapprochement des deux accusations souligne encore l’atemporel de la structure du livre. L’auteur renchérit la prise de conscience de la fille en soulignant l’idée de l’œil invisible qui suit ses va et vient (45). Le chapitre IV reprend l’image de l’œil invisible qui poursuit le père-amant auteur véritable de l’assassinat par injection d’Uga son rival. Cet œil symbole de la culpabilité de Caïn nous amène au sujet du profane et du sacré dans Terre salée. 3. Le profane et le sacré Nous avons noté plusieurs références au bois d’un arbre dans ce texte dont les événements sont donnés dans une sorte de désordre ou plutôt de fragmentation renforçant l’atemporel. L’influence des lieux mythiques est évidente. Dans ses Métamorphoses , Ovide raconte comment Adonis est le fruit de l’inceste de Myrrha et de son père Cinyras qu’elle a séduit en secret. La transformation de Myrrha en l’arbre de myrrhe en éternise le souvenir et ses larmes la repentance. Ce mythe s’inscrit dans une continuité de la faute et la figure déchirante du père est parallèle à celle d’Alexandru, qui, fatal et

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