AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 48 incongru, « erre dans son désert en interrogeant les visages des femmes qu’il aime et qui comme autant de sphinx refusent de lui livrer le sens de son existence. » (couverture du livre) Archétypales ces femmes le sont aussi, souligne Conceatu : la fille incestueuse, l’épouse trahie, la belle amante abandonnée, la tante-mère mythique qui regarde de sa chaise roulante et semble le raisonneur de cette tragédie vieille comme le monde. Pourquoi tous ces personnages sont-ils condamnés à la monstruosité et le malheur de l’inceste et du parricide sous l’influence des lieux mythiques ? Le magnétisme astral est-il cette force inconnue qui les font vivre dans un monde atemporel ? Comment peuvent- ils s’en sortir ? La finitude du temps peut être retrouvée par la transcendance et le mythe de Myrrha nous montre le passage du profane au sacré. Il s’accomplit par la métamorphose des larmes coupables de la fille incestueuse devenue arbre. L’église orthodoxe de l’Est emploie la myrrhe dans l’huile de ses sacraments et on peut se demander si cela est un rappel de la chrétienneté et du péché universel. Le cercle vicieux originel nous fait tous apparentés (Conceatu 2009, 162). La Bible nous donne l’histoire des filles de Lot qui couchent avec leur père en état d’ivresse. Elles ne sont pas punies et fondent deux nouvelles dynasties mais leur mère transformée en statue de sel est coupable d’avoir regardé en arrière et selon Saint Luc (17:31-33) constitue le mauvais exemple. C’est aussi celui d’Orphée qui perd Euridice. Pertinemment Conceatu mentionne le Miroir de l’âme pécheresse de Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur de François I er . La narratrice cherche à remplacer son désir et peur de l’inceste physique par un inceste spirituel avec Jésus Christ. Anda suivra la même route en cherchant le Sauveur en Dieu. La fille incestueuse et le père-amant se sentaient maudits et damnés. En revenant d’un séjour à Paris Anda veut mettre à bout son désir interdit qui la rend prisonnière (240). D’accord avec son père-amant elle l’empoisonne. Anda expie l’inceste avec son père par le parricide. Elle se délivre de l’autorité phallique par une castration purement rituelle et la mort du père-amant ramène l’ordre à la vie (Conceatu 2009, 161). La fille parricide quittera les lieux funestes et s’en ira chercher le Sauveur en Dieu. Le Miroir de l’âme pécheresse est un jeu de réflexion purificatrice ; le grand problème est de voir apparaître la vérité, celle de notre misère et celle de la réalité omniprésente de Dieu (Rieu 1992). Le plus souvent nous sommes aveugles. Egli souligne la cécité du père-amant et Anda, elle, voit tout son espace aveugle (45). Le paradoxe est que tous deux ont le sentiment qu’un œil invisible les suit. Le miroir où se reflètent le corps et l’âme selon le dualisme cartésien du XVII e siècle et celui des contes de fées écrits par les femmes, permet avec la glace à tige, un moyen de l’extension de soi. On s’y
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