AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 50 de purification et de normalisation. Elle combat victorieusement le cancer en le foulant aux pieds comme un saint Michel, le dragon. Anda dans le présent retrouvé est-elle une Antigone en devenir ? Fruit de l’inceste involontaire de son père Œdipe avec Jocaste, Antigone, sœur d’Etéocle et de Polynice, est condamnée à mort pour avoir, malgré les ordres du roi Créon, enseveli Polynice. Elle se pend. Antigone défend les lois non écrites du devoir moral, familial ou religieux contre la fausse justice de la raison d’État. D’après Judith Butler, Antigone serait « l’incarnation d’une voix capable de redéfinir la famille d’une façon moins traditionnelle. » (Ledoux-Beaugrand et Mavrikakis 2009, 119) Pour Butler, le combat d’Antigone serait moins celui contre l’État incarné en Créon que celui en faveur d’une famille qui doit accepter en elle tous ses fils, les marginaux, les rebelles souvent interdits de parole ( idem , 118). Pourtant Butler est trop occupée par la résistance d’Antigone à la vie politique et sociale et réduit ainsi les possibilités subjectives de l’héroïne (Engelstein 2011, 50). On oublierait le rôle d’Ismène : la sœur d’Antigone, qui est la seule de la famille sans le blâme de meurtre ou de suicide, deviendrait un modèle pour les générations futures ( idem , 51). Ismène est celle qui connaît la marche à suivre (46). Son nom dérive d’une source sacrée, le « Ismeno », et des dents du dragon « Ismenian » que Cadmus, fondateur de Thèbes selon la légende, tua pendant sa recherche d’Europa sa sœur (50). Comment lire Irina Egli ? Pourquoi Anda la pécheresse serait-elle une Antigone en devenir ? Anda rompt, fracture tout un passé de traditions, de folklore, d’espace. Elle vient d’empoisonner son père et prend un fou-rire devant sa grande tante Sonia, le couteau à la main, dont la manie est de faire des encoches dans le bois des meubles. Ce fou-rire se rapprocherait du retour du rire refoulé de la méduse de Cixous (1975). Anda foule aux pieds le cancer de sable, une métamorphose fantaisiste du corps de son père- amant, elle quitte les lieux mythiques et magnétiques de la côte de la mer Noire. Elle a repris son identité de femme et sa marche vers d’autres horizons, inconnus et vierges du sable des dunes, est un combat courageux. Elle ne choisit pas le sacrifice du tombeau mais le parcours de la femme voyageuse éternelle. Elle veut vivre, combattre et loin d’un suicide, choisit la rédemption chez quelqu’un qui sait pardonner la fille justicière et criminelle, un Dieu différent de Zeus. Lequel ? On ne le sait. Il est intéressant de noter que Ioana qui a facilité l’inceste de son ancien amant avec sa fille, trouve une sorte de rédemption elle-même en devenant thérapeute des déséquilibrés dans une clinique (Egli 185). C’est sa dernière lettre à Alexandru. Il va commettre le suicide qui est aussi l’acte parricide de sa fille, une délivrance ambiguë pour les deux. Ioana organise des

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