AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 57 du souvenir ne puisse se faire que sur le mode du devenir-image. » (Ricœur, 2000, 7) Le chronotope chessexien de la mémoire abrite des espaces à la fois habités et vécus il y a des années (la maison de l’enfance représente l’espace qui revient le plus souvent dans les descriptions narratives), mais il abrite également des temps vécus et ensuite racontés (le temps de l’enfance et de l’adolescence avec les premières expériences amoureuses). Dans Carabas , son premier récit autobiographique, l’écrivain dévoile sa conception à l’égard de la littérature et avoue être le partisan d’une littérature qui tire sa force du réel : À mille lieues des élégances ternes de l’heure, je voudrais voir surgir des livres forts, mal ficelés peut-être mais riches et pleins d’éclats, de tristesse, de colère, d’appétits, de rires et de ruptures. Des livres libres, quoi. Des livres qui cassent les vitres, qui chahutent, qui cognent, des livres qui dégoûtent les justes et qui éveillent le rictus des mandarins. Mais des livres libres ! (131-132) L’écriture de soi occupe une place centrale dans l’économie d’ensemble de l’œuvre chessexienne. Le texte intitulé Payerne dans Reste avec nous , Carabas , L’Imparfait , Bréviaire et une grande partie de Portrait de Vaudois peuvent être considérés comme des textes autobiographiques qui renvoient à la région de Vaud, la terre natale de l’écrivain, à ses liaisons familiales ou à ses croyances personnelles. Payerne rassemble de petits textes qui renvoient à des épisodes du passé de l’écrivain, voire Sabbat , École , Monzeu, qui tirent leur force du vécu : « Ma grand-mère V. habitait avec nous. Elle racontait des histoires de Vallorbe, de son enfance, de la Bible. Elle disait monzeu pour Mon Dieu. À tout bout de champ, elle s’arrêtait : Ouéh ! monzeu ! monzeu » ! (Chessex 1995, 50) L’Imparfait est une chronique personnelle où l’écrivain raconte son adolescence. C’est un livre construit autour de la figure de son père, Pierre Chessex, et renvoie à la période passée par l’auteur à Pully, entre 1946 et 1956, l’année du suicide de son père : « J’étais en dernière année du Collège, j’avais seize ans […]. » (Chessex 1996, 13) Dans le cas de ces textes autobiographiques l’auteur se manifeste sous la forme d’une personnalité qui se renouvelle en se recréant par l’intermédiaire de la confession. L’autobiographie de Chessex est avant tout un exercice de libération. Il y a chez lui une certaine pression exercée par le passé, une pression à laquelle il essaie désespérément de s’échapper par l’intermédiaire de l’écriture-aveu. Les récits tournent autour de sa biographie et la dimension existentielle et subjective prévaut. 2. Représentation/Projection de soi Chez Jacques Chessex l’autobiographique se situe entre la représentation de soi et la projection de soi, ses textes étant subordonnés à la fois au monde extérieur, celui du lecteur, et au monde intérieur, celui de son for intime. L’autobiographie représente pour l’écrivain suisse une sorte d’enquête qu’il
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