AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 61 la vie de l’auteur du roman résident dans le sous-sol de l’histoire racontée : tout comme Jean Calmet, Chessex est professeur ; son père Pierre Chessex, s’est suicidé tout comme le père du protagoniste. Dans une interview accordée à Catherine Charbon, Jacques Chessex admet l’existence d’un point commun entre lui-même et son protagoniste, mais insiste toujours sur la difficulté de désambiguïser le rapport entre autobiographie et autofiction : Catherine Charbon : – J’ai pensé que…mais vous m’aviez dit que j’avais tort…que Jean Calmet, votre héros vous ressemblait un petit peu… Jacques Chessex : – Écoutez… C. C : – Vous vous en défendez ? J. C : – Je m’en défends, je m’en défends… je ne m’en défends pas. Je veux dire qu’il est toujours difficile quand il s’agit d’un roman ou pas… ce personnage c’est l’auteur, l’auteur c’est ce personnage. Il est clair que l’auteur voit dans son personnage l’un de ses destins possibles. Il n’est pas le personnage mais le personnage est peut-être ce que l’auteur aurait pu devenir s’il avait vécu la vie de Jean Calmet. […] Il y a un certain nombre de points communs qui a été vécu par lui et par moi. (TSR Archives 19.11.1973) L’autre roman, Jonas raconte l’histoire d’un ancien écrivain et marchand de tableaux qui revient à Fribourg, sa ville d’origine afin de pouvoir se libérer des remords du passé qui ne le laissent pas vivre pleinement le présent. Le narrateur et le protagoniste se superposent, l’histoire étant racontée tantôt sous la forme d’un journal tenu par Jonas le long de quelques jours, tantôt sous la forme d’un récit à la troisième personne. C’est toujours Philippe Lejeune celui qui dresse la distinction entre autobiographie et roman autobiographique insistant sur le fait que dans le cas du dernier « le lecteur peut avoir des raisons de soupçonner […] qu’il y a identité de l’auteur et du personnage, alors que l’auteur, lui, a choisi de nier cette identité, ou du moins de ne pas l’affirmer. » (Lejeune 1975, 25) Et l’on peut supposer que Jonas Carex est Jacques Chessex grâce à quelques détails concernant la profession qu’ils partagent – ils sont tous les deux écrivains – grâce à l’amour pour l’alcool et surtout grâce à la ressemblance des noms. Dans la vision de Lejeune le roman autobiographique englobe à la fois des récits personnels et des récits impersonnels. Ces caractéristiques sont à trouver aussi dans le roman de Chessex et l’on serait tenté de croire qu’il s’agit plutôt d’une fiction autobiographique. Cependant l’auteur avoue, encore une fois, l’existence d’une liaison étroite entre l’histoire de Jonas et son histoire existentielle : Yves Lassueur : – Est-ce que Jonas Carex d’une certaine façon c’est Jacques Chessex ? […]
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