AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 63 père du narrateur de L’économie du ciel ou le père de Jean Calmet représentent autant de personnages renvoyant à l’autofiction. À partir d’un aspect autobiographique réel, l’écrivain crée un personnage fictif. Le Docteur Calmet apparaît sous le regard du fils comme un ogre qui écrase. Le souvenir du père autoritaire se transforme en cauchemar et Jean Calmet n’aboutira à se libérer que par l’intermédiaire de la mort. Écartelé entre la tristesse provoquée par la perte d’un père et la joie d’avoir échappé à son autorité, Jean Calmet mène une existence angoissée, peuplée de mauvaises rêves dont le protagoniste est toujours le père-ogre. Lors d’une journée de courses d’études organisée à Berne, Jean Calmet découvre La Fontaine de L’Ogre et l’analogie avec son père mort est menée jusqu'à l’extrême : « […] Jean Calmet venait de faire une découverte effrayante : l’Ogre ressemblait à son père. Peut-être l’Ogre était-il son père, une nouvelle image de son père resurgie du Crématoire pour l’avertir encore et le persécuter ?» (Chessex 1973, 188) La figure du père est ensuite associée à Chronos, à Saturne, à Moloch, au Minotaure de Crète – autant de figures renvoyant au mythe du monstre dévorant ses enfants : Lui aussi, Jean Calmet, son père l’avait dévoré. L’avait bâfré. Anéanti. Une haine rageuse le dressait contre l’Ogre-docteur, contre tous les autres ogres qui avaient massacré leurs fils, leurs enfants, les tributs constamment renouvelés de chair jeune, de chair à pâté, de chair à plaisir, de chair à canon, de toute cette chair qu’ils avaient épouvantablement sacrifiée d’âge en âge pour s’en nourrir, pour s’en divertir, pour s’en repaître, pour s’augmenter ! (Chessex 1973, 189) La figure du père prédomine le champ autobiographique chessexien. On part d’une personne réelle, Pierre Chessex, et on arrive à un être fictif, le Docteur Calmet, transformé en Ogre. 5. La mère La figure maternelle apparaît, elle aussi, dans un récit de 2008 intitulé Pardon mère , mais l’influence exercée par celle-ci envers l’auteur est moins visible. Ce livre a toujours l’apparence de l’autobiographie, mais représente en réalité un hommage apporté par l’écrivain à celle qui a été sa mère et avec laquelle il a entretenu un rapport plus distancé qu’avec son père. Situé toujours à la frontière des genres (autobiographie, mémoires, chronique), ce livre rassemble des chapitres qui relatent l’existence de la mère de l’écrivain. La figure maternelle se place à l’opposé de la figure paternelle. Ce qui unifie ces deux éléments est seulement la voix du narrateur-auteur qui est toujours morcelé par le regret d’avoir perdu des êtres chers. Le récit suit les événements depuis la naissance de sa mère jusqu'à la mort de celle-ci, mais, il est toujours parsemé des phrases qui pourraient faire croire qu’il y a aussi des épisodes inventés ou imaginés. L’auteur avoue remonter parfois à un temps auquel il n’appartient pas :

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