AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 68 Notre vision est encadrée dans la sociolinguistique urbaine, mais il s’agit d’une perspective discursive qui saisit « à travers l’émergence de nouveaux systèmes linguistiques et de nouveaux contacts, les formes d’organisation sociales spécifiques à la ville » (Moïse 2003, 57) et l’inscription du personnage dans ces formes. L’espace et le lieu sur lesquels se focalise notre analyse sont deux éléments engagés dans des rapports de coexistence : « […] l’espace est un lieu pratiqué. Ainsi la rue géométriquement définie par un urbaniste est transformée en espace par les marcheurs, l’espace serait au lieu ce que devient le mot quand il est parlé […] modifié par les transformations dues à des voisinnages successifs. » (de Certeau 1991, 173) D’ailleurs, le récit a, selon de Certeau, la possibilité de transformer « les lieux en espaces ou des espaces en lieux » ( Ibidem , 174), il suffit seulement de repérer le faire , ou le voir qui soutient le récit. La ville propose un monde « promis à l’individualité solitaire, au passage, au provisoire et à l’éphémère. » (Augé 1992, 101) Ce monde est celui où s’inscrit le non-lieu, concept que nous empruntons à Marc Augé : « un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique » ( Ibidem , 100). Du même auteur nous retenons la relation entre lieu et non-lieu, relation distinguée dans le discours de l’œuvre : « le premier n’est jamais complètement effacé et le second ne s’accomplit jamais totalement – palimpsestes où se réinscrit sans cesse le jeu brouillé de l’identité et de la relation. » ( Ibidem , 101) Les voies aériennes, ferroviaires, autoroutières, les gares, les parcs de loisir, etc. se trouvent, selon Marc Augé, parmi les éléments qui composent les non-lieux. Leur caractéristique de base est issue d’une association de « superficie, volume et distance. » ( Idem ) De cet aspect de discontinuité apparente, manifestée par le lieu et le non-lieu, nous avançons, comme fil conducteur de cette contribution, l’idée que les voies, les places publiques, les restaurants, les gares (tout en gardant leur caractéristique de non-lieux) peuvent participer à la construction identitaire de ce monde de passage que les œuvres des écrivaines migrantes évoquent souvent. Parmi les pistes d’analyse proposées par Claudine Moïse (2003) pour une sociolinguistique de l’espace et du lieu (urbains/ruraux), celle qui nous intéresse se sert du discours sur l’espace et de l’espace et des représentations que les femmes-écrivains s’en font tout au long de leur permanente quête identitaire, activité fébrile et artistiquement de longue haleine. Nous avançons également dans la direction suggérée par Dominique Maingueneau (1993, 45 et suiv.) qui propose le refus motivé de séparer l’écrivain du monde extérieur, pour plaider en faveur d’une approche unificatrice conformément à laquelle l’œuvre et le monde constituent deux vases communicants.
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