AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 69 Nous parlons d’écrivain migrant et de littérature migrante dans le sens que Monique Lebrun et Luc Collès (2007, 12) accordent à ce terme : « une littérature de minoritaires issus ou non (on pense ici aux Indiens et aux Noirs) de la migration ». La reconstruction discursive de l’œuvre des écrivaines migrantes s’adapte à leur condition d’existence. Les séquences textuelles parlent de lieux et d’espaces, de déplacements et de quête, et cherchent à se placer dans des moules convenables pour les soutenir. Quand elle parle de la ville mise en discours, Claudine Moïse souligne les particularités discursivo-textuelles de la « ville posée » (2003, 59), de la « ville racontée » (60), de la « ville réveillée » (62), de la ville « cheminée » (64), « territorialisée » (66). Nous proposons une grille d’analyse inspirée de l’analyse du discours en contexte et basée seulement sur les particularités de la « ville posée », aspect qui se concrétise, pour l’auteure, dans la force de la « description physique », « celle des géographes, des urbanistes et des architectes, celle posée et donnée, dans une visée objective et objectivisante » (59), aspect qui facilite la perception des villes comme « villes des lieux, d’une somme des lieux » ( Idem ). Le corpus interrogé est constitué par le discours littéraire des écrivaines migrantes maghrébines (Malika Mokeddem, Malika Oufkir, Michèle Fitoussi, Leïla Sebbar), roumaines (Maria Maïlat) ou canadiennes (Nancy Huston). Ces femmes écrivaines, provenant de trois continents, s’établissent en France, dans de grandes villes qui favorisent un croisement culturel où les identités se redéfinissent et se recomposent. 1. Corrélations médiologiques entre l’espace, le non-lieu et l’œuvre D’or et déjà nous pouvons affirmer que l’espace participe de la vie de l’écrivain, ce qui va dans la direction de Dominique Maingueneau (1993, 133). La vie personnelle nourrit l’œuvre des écrivaines étrangères d’expression française. Une question surgit avec prégnance : quel est l’espace privilégié par l’écrivain migrant : l’espace urbain ou l’espace rural ? Une deuxième en découle : comment cet espace participe-t-il à la création de l’œuvre ? La réponse est difficile à formuler sans tenir compte de la paratopie 1 (constitutive, dirons-nous) de l’écrivain. Selon Dominique Maingueneau, l’espace auquel aspire l’écrivain est « un espace à l’écart du monde ordinaire » (1993, 183) ; « la banlieue parisienne », ou « un territoire neutre, dans la montagne, entre terre et ciel » ( Idem ). 1 Ce terme définit une « localité paradoxale […] qui n’est pas l’absence de tout lieu, mais une difficile négociation entre le lieu et le non-lieu, une localisation parasitaire, qui vit de l’impossibilité même de se stabiliser. » (Maingueneau 2004, 52-53)
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