AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 71 principal Sultana Medjared (Mokeddem, L’Interdite ) ou encore un quartier périphérique d’Oran, pour Kenza (Mokeddem, Des rêves et des assassins ). Cette position marginale, paratopique, alimente le sentiment d’étouffement et le désir d’évasion puisqu’il se montre soit trop isolé, soit trop éloigné, trop insuffisant pour le tumulte et la force d’une personne qui se sent traversée par le plaisir de voyager, de connaître, de voir et de comprendre. Ce point zéro de l’existence est souvent considéré comme le déclencheur du récit, placé dans l’ incipit ou très proche : « Je suis née dans la seule impasse du Ksar. Une impasse sans nom » (Mokeddem 1993, 11) ; ou bien, « Notre maison était hors du village. Si loin de mon école. Par grande canicule - neuf mois par an dans la fournaise du désert - je me liquéfiais durant les trajets. » (Mokeddem 2005, 14) De ce que nous venons d’exposer on peut retenir l’aspect d’un retour permanent à l’origine proposé par le récit, un retour à l’enfance pour dire son lieu de naissance qui, dans la plupart des cas, est une petite localité. C’est le point d’origine du récit, un récit de vie et, en même temps, un récit de voyage dans le temps et dans l’espace au cours duquel l’identité cherche des points de repère. 2. Espaces, (non)lieux urbains et discours littéraire Mettre la ville en discours nous oriente vers la sociolinguistique, une sociolinguistique urbaine, touchant au discours et non pas à la variation linguistique, car « faire de la sociolinguistique urbaine, ce serait vraiment tenter de saisir, à travers les langues et plus précisément à travers l’émergence de nouveaux systèmes linguistiques et de nouveaux contacts, les formes d’organisations sociales spécifiques à la ville. » (Moïse 2003, 57) Mais de quoi est-ce qu’on parle quand on parle de la ville dans le discours littéraire : d’un espace, d’un lieu, ou encore d’un non-lieu ? L’espace et le lieu que l’on évoquera sont deux éléments « distribués dans des rapports de coexistence et qui impliquent une indication de stabilité. » (de Certeau 1991, 173) L’aspect posé de la ville, le calme de ses formes architecturales viennent d’une union de l’espace et du temps. La construction des descriptions est à envisager, selon Moïse (60) en fonction de quatre aspects : (i) l’aspect « paysager », (ii) l’aspect « panoramique », (iii) l’aspect surpris à travers l’œil d’une personne en mouvement et (iv) l’aspect topographique. Une focalisation sur les villes européennes, que les écrivaines migrantes proposent souvent, ne pourra pas éviter les liens avec l’espace hors-Europe.

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