AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 74 Je suis marocaine dans mes tripes, dans mon être profond. Mais je me sens aussi très française par la culture, la langue, la mentalité, l’intellect. Ce n’est plus incompatible. En moi, l’Orient et l’Occident cohabitent enfin en paix. (Oufkir et Fitoussi 2007, 388) Les lieux de passage forment un pont vers le monde et sont mis en rapport avec la préoccupation de ces écrivaines d’élaborer leurs œuvres. Leïla Sebbar écrit dans un café, Malika Mokeddem fréquente les librairies. L’identité d’écrivaine migrante est inlassablement liée à ces lieux. Le dehors, en consonance avec le dedans, procure à Nancy Huston le plaisir de vivre à Paris, plus précisément dans le Marais, « l’un des quartiers les plus bigarrés de Paris : ici, mon ‘étrangéité’ ne peut jamais s’effacer, ne serait-ce que parce que les commerçants parlent entre eux des langues que je ne comprends pas (l’arabe et le yiddish) et parce que les magasins sont fermés selon des horaires insolites. » (Huston et Sebbar 1986, 21) Nous retenons donc que la relation avec le paysage composé d’espaces ou de lieux de passage s’engage sur un itinéraire jalonné d’étapes, mais à sens unique, un itinéraire de quête identitaire et de permanente mise en rapport avec l’Autre. 4. L’aspect « panoramique » Cet aspect dérive de la perspective du regard sur la ville, un regard centré paradoxalement vers l’intérieur. On se rapporte à son milieu d’accueil et à celui d’origine. Si le rapport au milieu, le sien, est une constante, ce rapport vise toujours les membres du groupe qui le fréquentent. Admirer une place publique, calme et reposante, devient la source d’évocation de là-bas et de ses valeurs. L’oranaise Kenza ( Des rêves et des assassins ), une fois arrivée à Montpellier, ne peut pas échapper aux comparaisons : La rue que j’ai parcourue débouche sur une grande place. Décor d’opéra prolongeant un théâtre. Entre les consommateurs attablés au soleil du Grand Café Riche et ceux assis à l’ombre des Trois Grâces, le flot cosmopolite des passants. Du marbre en veux-tu, en voilà. Des gerbes d’eau bruissent dans les fontaines aux dimensions de temples. Je réprime un rire à l’idée des dégâts que causerait une horde de bambins de chez moi déboulant sur ces lieux. Des crachats s’écrasant comme des sauterelles sur tout ce marbre. Des vitrines et des fresques livrées à ceux qui, là-bas, “tiennent les murs”. Voilà que je cède aux clichés moi aussi ! Mais les clichés ont ceci de redoutable : ils reposent souvent sur un fond de vérité. L’amalgame et l’imbécillité tissent le reste.

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