AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 75 Mes yeux cherchent une plaque : “PLACE DE LA COMÉDIE”, m’indique celle que j’aperçois à l’angle d’un mur. Je la trouve superbement humaine, cette comédie-là. Un paradis quand on vient d’un pays de tragédies. (Mokeddem 1995, 82-83) L’écrivaine migrante cherche souvent à saisir des liens. Ce sont surtout les liens entre un « là-bas » de son origine et un « ici » actuel. Cette entreprise force le texte à s’organiser convenablement pour maintenir l’ordre. Celui de Malika Mokeddem n’a presque pas de connecteurs, ni d’organisateurs, ce n’est pas une description qui fonctionne toute seule. Elle fonctionne comme support d’une analyse, d’une réflexion, favorisant l’interaction et le contact. Peu importe si le Grand Café Riche, par exemple, se trouve à gauche ou à droite ; l’attention se fixe sur les détails des sentiments personnels de la locutrice. La perspective circulaire finit dans un commentaire sur le cliché. Le titre-thème de la séquence est placé à la fin : Place de la Comédie, détaché typographiquement et doublement marqué (majuscules et guillemets). La neutralité traditionnelle de la description est ici complètement bannie. Le problème de pertinence ne se pose pas au niveau des qualités ou des défauts. La sélection des détails obéit au désir de comparer deux mondes et de se situer par rapport à eux. Ce besoin satisfait, on aboutit à une conclusion amère sur son lieu d’origine, qui se donne à lire dans la description de la partie ancienne de Montpellier : Je vais à la découverte de la vieille ville. Trouées des places sans les cohues de chez moi. Rues sans crues de la jeunesse. Beaucoup de têtes chenues. Peu de désespérance au pied des murs. Murs sans lézards. Pas de crachats sur les pavés mais des crottes de chiens. De toute consistance et de tout calibre. Pas de foule autour des églises. Ici, huis clos sur la foi. (Mokeddem 1995, 83) Lire la ville occidentale, comme on lit un paysage, prolonge les représentations de l’autre type de ville, algérienne, dans un discours au négatif : « sans les cohues de chez moi », « sans lézards. Pas de crachats sur les pavés », « Pas de foule autour des églises. » Les ordures sont pourtant présentes dans les villes occidentales : pas de crachats algériens, mais des crottes de chiens français. Même détail, autre perspective, chez Maria Maïlat : À Paris, comme ailleurs, chacun laissait les déjections de son chien sur le trottoir d’en face. Chaque jour, les éboueurs et les balayeurs de Paris ramassaient seize tonnes de crottes. Je débutais ma carrière d’intégration par un petit boulot indispensable au bonheur des métropoles : je faisais prendre l’air aux chiens, les encourageais à se soulager sur les caniveaux. J’épluchais les petites annonces, cherche femme de ménage, repassage, garde d’enfants et de

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