AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 76 chiens à domicile . J’avais trouvé du travail à Paris. Il y avait même trop de postes à pourvoir au noir. Le plan de Paris était mon missel. Les noms des rues, les nombres pairs et impairs traçaient dans ma mémoire les amphigouris d’une messe grotesque. Je faisais marcher le droit à la flatulence et à la fermentation des races canines. Sur ses quatre pattes, muni d’une queue joyeusement frétillante, Paris n’était plus l’énorme catin de Baudelaire, mais le caniche de madame Tout-le-monde. (Maïlat 2003, 94-95) La traversée de l’espace citadin se lit aussi comme l’expérience personnelle d’une forme de solitude associée à une forme évaluative des lieux, comme une prise de position permanente, discursivement monologale, qui dévoile l’identité du locuteur. L’intertextualité y apporte pleinement sa contribution. L’aspect panoramique d’une ville parcourue à pied se présente donc comme une configuration d’un espace global et se constitue en discours même sur cette ville. De ces quelques aspects exposés, nous retenons également qu’entre le rythme discontinu de la phrase de Mokeddem et celui de Maïlat, la ville mise en discours se re-construit à l’aide de bribes d’énoncés soudés comme les morceaux de l’identité des personnages. 5. L’aspect surpris à travers l’œil d’une personne en mouvement L’écrivain migrant est par définition une personne qui voyage, qui ne se fixe pas, qui s’attache à tout et à rien, qui prend par rapport aux choses une certaine distance, jamais réduite à la disparition. Le « chez soi » est une quête de la personnalité ou un lieu obscur, que l’on fuit dès que possible. C’est la « cage à lapins dans une ville nouvelle de la banlieue nord » de Paris - l’hébergement que Mina Bailard, l’héroïne fugueuse de Maria Maïlat, refuse aux autorités chargées d’accueillir les immigrés : Je quittais la ville nouvelle en me promettant de ne plus jamais y remettre les pieds. Plutôt rester sous le pont Mirabeau, me glisser dans le lit de la Seine. Le terrier encombrait mes pensées. C’était la lourdeur de la terre battue et des cendres déposées dans mon sang que je trimbalais avec moi partout. Je ne pouvais pas me caser comme si de rien n’était, j’avais besoin d’affronter l’inconnu des nuits sans toit, des jours sans voisins, j’avais besoin de squatter la langue de Paris et ses malentendus, flâner dans ses jardins de poussière, vider ses poches remplies d’anciens francs et de vieux mots, gratter ses exceptions à la règle […]. La bureaucratie des pauvres voulait m’engloutir à tout prix. Je m’opposai à elle farouchement. Je suis restée barricadée dans mon refus : ― Désolée, je n’irai pas habiter dans la ville nouvelle. (Maïlat 2003, 143-144)

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