AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 77 La disposition architecturale de « la ville nouvelle » et la politique urbaine créent des espaces d’exclusion et de rejet. La mobilité spatiale et le changement de lieu d’habitation ne réussissent pas à aider le nouvel arrivant à se libérer du poids du passé, de « la lourdeur de la terre battue », des « cendres déposées dans mon sang ». Tous ces éléments sont la preuve qu’un lieu quitté continue à « exister », ce qui est un trait de l’identité des écrivaines migrantes. Le « chez soi » est une composante de l’identité personnelle, un guide pour les promenades de plaisir : Je n’ai pas de lieu dans Paris. Je marche beaucoup dans la ville, toujours suivant le même trajet, rarement de l’autre côté de la Seine…, un itinéraire depuis des années balisé par moi, dans l’inconscient, et qui reste le même – avec quelques écarts accidentels comme par exemple la rue des Rosiers […]…“C’est pas mon quartier”…et je n’ai jamais cherché dans Paris les quartiers de folklore, les réunions des communautés étrangères. (Huston et Sebbar 1986, 26) Claudine Moïse insiste sur la ville dite « à travers le récit en train de se construire, à travers la parole, ses hésitations, ses ratages, ses manquements […]. » (2003, 65) Les descriptions que nous avons proposées pour illustrer la problématique de notre analyse se focalisent sur les lieux de passage, de déambulation, afin de marquer les ratages, les ruptures, les moments d’hésitations, autant d’éléments identitaires des personnages. 6. L’aspect topographique La description topographique des lieux sert de cadre à la narration et participe à l’atmosphère. Mais les détails topographiques abondent non pas en liaison avec les villes européennes, mais en rapport avec les villes de départ. La construction textuelle est basée sur l’énumération. La dimension tragique est accentuée par l’agglomération de détails. Un tel type d’énumération exprime la réalité algérienne bouleversante : le contraste entre le passé heureux et le présent sans espoir. C’est ce que Kenza découvre en se promenant à côté de son frère, Lamine, le long des rues d’Oran : Je dois aussi à ces promenades la découverte de ma ville. Je leur dois le bonheur, à présent délabré, de l’avoir connue avant qu’elle ne soit totalement défigurée par l’exode rural, la misère et l’obscurantisme. Boulevard Lescur : Elysée Couture, vêtements importés on ne sait comment. Prix exorbitants. Fatras du magasin Bata. Hôtel Timgad, ancien Café Riche. Luxe m’as-tu-vu. Raoul et Bailly dont les seules franchises sont celles payées à leur nom étranger. […] Place d’Armes : au centre, la statue de l’Emir écrasée par sa propre envergure. La mairie avec les ions de

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