AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 82 linceul traînant à l’Orient/ Entends, ma chère, entends, la douce nuit qui marche. » Ou encore comme chez le Québécois Nelligan : « […] Ce fut un Vaisseau d’or…/ […] Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ? » (« Le Vaisseau d’or ») Nous voyons s’articuler le présent , le passé et l’avenir : • « dès aujourd’hui, que reste-t-il ? »; « vois », « entends » ; • « les défuntes années, en robes surannées » ; « ce fut un Vaisseau » ; • « Quand vous serez […] vieille. » L’ambition totalisante, apanage des enfants et des poètes, associe le temps au mouvement (1), le temps vécu au pressentiment de la mort (2) et les données temporelles aux configurations spatiales (3) : • « la nuit qui marche » ; « tempête brève » (1) ; • « comme un long linceul […] la nuit » (2) ; • « balcons du ciel » ; [Occident vs] « Orient » ; [mer] « Vaisseau d’or » (3). Sans être figées, les images du moi, de l’espace et du temps perpétuent une vision et une thématique constante. Les images poétiques contiennent dans tous les temps une intuition correcte des phénomènes astro-physiques et de la durée relative. La définition de la catégorie du temps par rapport au mouvement (i.e. la vitesse de déplacement) et à l’espace se trouve aujourd’hui appuyée par une argumentation et des démonstrations grâce aux découvertes scientifiques et à la réflexion du XX e siècle. Einstein, Bergson, Proust, Poulet, Heidegger ouvrent les chemins pour une approche individuelle plus complexe. Le savoir commun s’ouvre sur une connaissance plus subtile et enregistre, en conséquence, une perception modifiée du temps et de l’espace. Parallèlement, les éléments méta-discursifs des œuvres littéraires acquièrent, dans la modernité, un statut de premier ordre. La méditation de l’être dans le temps fait place à la réflexion sur le dire de l’être dans le temps-espace. Par le titre du métasonnet « Temps-espace » (texte intégral en annexe de notre article), Paul Micl ă u 1 désigne le sonnet lui-même. L’espace extérieur 1 Comme universitaire, professeur de langue et lettres françaises (Université de Bucarest), langue et lettres roumaines (Université de Montpellier et INALCO Paris), Paul Micl ă u est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Signes poétiques (Bucure ş ti : Editura Didactic ă ş i Pedagogic ă , 1983) et Le poème moderne (Bucure ş ti : Editura Universit ăţ ii Bucure ş ti, 2001). Il a fait paraître des recueils bilingues contenant des versions françaises de la poésie roumaine : Mihai Eminescu (1999), Ion Barbu (1985), Lucian Blaga (1978), Vasile Voiculescu (1981). Il a écrit le roman Roumaines déracinés (Paris : Éditions Publisud, 1995),

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