AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 83 et le temps objectif cessent d’être le champ de référence. C’est le discours et le renouvellement du dire qui sont en cause, dans une forme d’expression donnée : « De l’horloge le bras comme un sonnet s’enlace. » Laissant de côté un possible décodage de ce métasonnet comme poème érotique, nous y remarquons la dislocation des termes dans les clichés : les « vagues de l’espace » rappelant « les vagues du temps » (chez les Romantiques), Logos/Éros remplaçant l’opposition, opérante dans la psychanalyse, Éros/Thanatos. Les éléments d’un tableau surréaliste ( l’horologe , l’île feu , l’aile rouge de sang , l’ange blanc ) et la suggestion du mouvement ( s’enlace, se déplace, tourne ) défient la raison. Mais ce flot verbal qui fait disparaître le sens propre des mots s’organise progressivement dans un discours logique, transparent et syntaxiquement impeccable quand il retrouve le lit (la rivière) du thème obsédant : le sonnet comme transcription approximative d’une réalité intérieure ordonnée par un rythme vital : Tout ce qui au départ semblait simple caprice se soumet cependant à l’axe du logos qui engendre à la fin tout le jeu de l’éros et fleurit le schéma de nouvelle matrice. Le poème renvoie à lui-même et à sa façon de se constituer par l’extension des sens des mots abstraits, par des figures nouvelles. Celles-ci désignent un temps-espace de prédilection pour le sujet livré à l’exercice d’une forme de création. Quels que soient les noms, les tours et les détours que prenne la dimension spatio-temporelle au niveau de l’expression poétique (« elle a vécu ce que vivent les roses/ l’espace d’un matin », Malherbe ; « Sont courbes mes idées comme l’espace-temps », Micl ă u), l’idée qui y préside est de nature artistique et se rattache à un projet artistique. Plus que le sentiment de l’écoulement du temps ou d’appartenance à un espace réel ou imaginaire, c’est l’enfermement dans les dimensions d’une forme, dans le suivi d’un type de texte qui donne le hic et nunc du produit artistique. Nous l’envisageons, celui-ci, comme le résultat d’une irrépressible aspiration à la constitution formelle. Comme si, en dehors de la matrice imprimant une forme, cette forme-ci, le dire, n’était qu’un charabia. Comme si une volonté ordonnatrice pouvait réduire l’ambiguïté du signe. couronné du prix européen de l’Association des Écrivains de Langue Française, transposé en roumain en deux versions, et Universités (Bucure ş ti : Editura Universit ăţ ii Bucure ş ti, 2004), toujours en français, un livre de mémoires où l’on trouve des témoignages intéressants sur ses tentatives littéraires et des réflexions sur le dire.
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