AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 85 une étude portant sur le recueil Au bord du temps (1999), dans le numéro 7 de la revue Dialogues francophones (Bulger 2001). Nous en retenons une belle image des vers 12-13 : Sur tes lèvres je hume un lys en train d’éclore Comme le sens divin d’un pur alexandrin Le linguiste, professeur de français et sémioticien fait se confronter son savoir et sa maîtrise de versificateur franco-roumain, sa technique et ses pulsions. Il est évident que la pensée et le vocabulaire sont tributaires de la profession qui l’emporte sur d’autres formes d’existence : Entrant dans le sonnet je reviens à moi-même comme bande de sens sur un étant confus mes tentations de vie sont un néant diffus avec la nostalgie d’une écriture suprême (« Dans le sonnet », in Semence de sens , 2005, 81) Au départ j’éprouvais un lumineux plaisir D’écrire des sonnets en fort alexandrin Un nouveau signifiant de mon esprit roumain, Voulant symboliser son déchirant désir Je forçais le discours à dire le trop plein De mon drame total où venait se nourrir Le spasme du vécu apprenant à mourir Entre sexe absolu et vulgaire refrain (« Langage brisé », in Racines écloses , 2002, 101) Ce qui ne relève pas de la méditation sur le sonnet tombe dans le poncif, parfois jeté négligemment sous l’impératif du mètre, souvent délibérément banal. Dans Sonete franco-române [Sonnets franco-roumains], de la partie inédite, le poète se peint en pâtre des moutons-prédicats, vêtu alternativement ou simultanément d’une veste française et d’un costume roumain, alimenté d’une double source qui le blesse autant qu’elle l’enrichit, dans le redoublement du murmure intérieur venu des couples de sonnets qui se répondent. Des expressions comme : « sémantiques états », « larges isotopies », « actes épistémiques », « tranches de sens », « morphèmes de douleur de la zone française » (que nous traduisons du roumain), « sang qui se caille en synérèse », « corolle de signes » (en français) foisonnent. Plus d’une fois rébarbatives, elles sont porteuses, dans bien d’autres cas, de métaphores obsédantes du faire poétique. Paul Micl ă u n’est pas le seul créateur de métasonnets. Dans les cent Sonete din Nord [Sonnets du Nord] (1991) de Radu Ulmeanu, l’universitaire Ion

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