AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 86 Pop identifiait ce filon 3 . D’ailleurs, la référence à cet art renouvelé au long des siècles se lit dans les poèmes eux-mêmes assez souvent, qu’elle soit implicite comme dans « Ma Bohème » de Rimbaud, ou explicite comme dans « Le Ïambe » (1878) d’Eminescu ou dans le titre de Voiculescu : Sonnets imaginaires de Shakespeare . Les lecteurs avisés trouvent des réminiscences, des allusions, l’inclusion voulue ou inconsciente de thèmes, motifs, images, formes discursives de nature à relier la création d’un certain poète au(x) modèle(s) antérieur(s). Seulement, chez Micl ă u, dans les poèmes visés, la référence au discours et aux aspects formels devient un but en soi, poursuivi, en fin de compte, méthodiquement, avec une sorte de provocation ironique ou autoironique. 3. La métaphore La discordance sémantique est caractéristique de toute une classe de comparaisons et de métaphores. Le comparé et le comparant y sont des termes disjoints (concrets/abstraits) appartenant à des registres différents (organique/technique) : « mon sang se caille en synérèse », « mes tripes, mon cerveau sont un graphe », « un lys en train d’éclore comme le sens […] d’un alexandrin. » Dans les sept catégories thématiques que l’auteur distingue dans son Argument , la quatrième est celle du corps de la femme. Comme on peut bien s’en douter, là, ce procédé crée un code qui dissimule (pour montrer !) le corps et la possession du corps : « écrire le doux sonnet du sang en inédit discours/ qui chantait cohérent dans les charnels parcours » (« L’orgasme de nos ïambes »). Ces poèmes facétieux renouent avec l’art des blasons et des contre-blasons du XVI e siècle français. L’articulation de l’ axe du logos au jeu de l’éros (« Temps-espace ») bénéficie d’un support de figures et allégories pivotant autour du rouge , du sang et du feu : • « mes idées […] tournent au rouge », « mes rouges pensées », « rouges psalmodies », « rouge discours », « notre rouge secret », « notre rouge été », « rouge couteau dans l’orgue de tes hanches » ; • « écrire le doux sonnet du sang », « mon corps saigne toujours », « nos axes de sang », « l’oubli/ des promesses de sang », « les paroles d’argent sont un baume sphérique/ où moutonne mon sang dans son rire ondulé » ; 3 Revue România literar ă n° 45, du 14 novembre 2008.

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