AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 87 • « aux racines des flammes », « la bouche de feu », « le feu des étreintes », « les verbes des flambeaux », « ton élan ardent », « tes ardents charbons », « tu […] m’offres le bûcher de notre rythme absent », « Tu vois dans ces sonnets tout le sens a brûlé ». Le sang et le feu se retrouvent souvent dans une même séquence comme si l’un attirait l’autre : l’un qui engage le corps, l’autre qui exprime, en bonne tradition, l’âme (ou l’esprit, ou l’idée d’une sensation non-éprouvée, épiée et absente). Et cet amour-passion se dirige, métaphoriquement, vers la femme et son corps tout comme vers les mots et vers le sonnet lui-même qui devient tantôt l’objet de l’amour, tantôt l’allégorie de l’étreinte : Nous sommes allongés sur le tranchant de sang Sur les flammes aiguës au bord de la folie (« Le message blanc ») Le sonnet nous écrit en spirale de feu Toute remplie du sang qui ouvre ton aveu (« Sous sillon d’alexandrin ») Cet ensemble verbal des champs sémantiques du rouge, du sang et du feu se présente comme une constante et possède un immense potentiel connotatif. Les vocables parsemés à travers les poèmes ne sont pas simplement des taches sur un tableau terne, en noir et en blanc ; elles engendrent la polysémie et les effets de sens. Ils jouent le rôle d’un mécanisme qui fait que l’abstrait tourne au concret. Ainsi le sens des concepts abstraits (discours, entropie, espace-temps, etc.) vire vers une appréhension concrète du vécu personnel : « Sont courbes mes idées comme l’espace-temps » (« Hiatus d’entropie »). Il arrive que le sujet-écrivant subisse l’assaut d’un « informe discours » (« Puits intérieurs »), du « logos en dérive » (« Fin de millénaire »). Ou que, soit sous les contraintes de la matrice, soit sous la pression de l’inconscient, le faire poétique ( le pragma ) s’accompagne de la tendance à dé-raisonner : « Le pragma fabuleux déflore la raison » (« Temps-espace »). Ce « viol » du suivi logique ne doit pas surprendre. Malgré l’adoption d’une forme fixe et d’un mètre classique, le poète est redevable à une conception de la poésie cultivée dans la modernité. Et pour les Modernes la chasse aux catachrèses est un procédé sine qua non : « Il n’y a pas d’abus, celui-ci commence éventuellement là, où selon le jugement classique, la démence est déjà installée. » (Blaga, apud Ghi ţă 2005, 24, notre traduction) 4. Le moule prosodique Se déclarant, dans « Les barreaux du sonnet », captif volontaire dans la prison de cette forme fixe, le poète se soumet aux exigences formelles que nous rappelons brièvement : nombre fixe de vers (14) ; organisation des
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