AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 88 vers en deux quatrains et deux tercets, écrits parfois sans blancs entre eux ou séparés en un dizain et un distique (Shakespeare) ; mètre régulier (nombre fixe de syllabes dans le vers : 11 chez Pétrarque, 10 chez Shakespeare, 10 ou 12 chez Du Bellay et Ronsard, 12 chez Nerval, Heredia et Baudelaire) ; rythme régulier : pieds rythmiques égaux, par exemple succession de ïambes ( . |), préférés par Shakespeare, Eminescu et Micl ă u (que nous retrouvons dans : « Entends, ma chère, entends, la douce nuit qui marche », Baudelaire) ; rimes habituellement embrassées, suscitant des recherches et des innovations au niveau de l’articulation quatrains–tercets (vers 8-9 et les suivants), organisant l’ensemble du poème, focalisant des valeurs sémantiques et grapho-phonématiques. Traducteur et créateur de sonnets, Paul Micl ă u fabrique un moule métrique et rythmique qui accueille son bilinguisme. Sa grande innovation est l’acclimatation du mètre dodécasyllabique (l’alexandrin) en roumain, en dépit des modèles prosodiques pré-établis dans l’histoire du vers aux bouches du Danube. Il obtient ainsi une liberté d’expression en roumain sous une contrainte qui vient du français. Les poèmes en français, en revanche, inscrivent en filigrane le manque de cette liberté, l’inquiétude de rater le discours dans « le langage parfait des francophones », de voir la plume se briser, d’envisager le temps où « séchera le bic ». Le système prosodique roumain, très souple, a favorisé l’utilisation pour le sonnet de trois formules métriques non-attestées en français, du moins pour la forme en question (cf Dinu 2009) : - un premier sonnet de 16 syllabes en trochées (Gh.Asachi, « La Tibru », 1809) ; - beaucoup de sonnets en « alexandrins roumains » (vers de 14 syllabes ou alternativement 13-14, 14-15) considérés comme le correspondant des dodécasyllabes français (chez Bolliac, Macedonski, Pillat, Voiculescu et dans les traductions) ; - des sonnets en hendécasyllabes (chez Eminescu, Mihai Codreanu, Theodor Ş erb ă nescu, Radu Ulmeanu). Il serait long et fastidieux d’expliquer ici quels traits du roumain, quels aspects prosodiques et quelles interventions majeures dans l’évolution des formes d’expression en roumain ont fait que le dodécasyllabe n’y devienne pas un moule systématiquement utilisé pour une longue période, comme il l’est pour le français. Pour les différences d’évolution dans les versifications française et roumaine nous renvoyons au chapitre « Poezie ş i prozodie » [Poésie et prosodie] de notre Petit traité du langage poétique (Ghi ţă 2005, 29-44). Signalons seulement que le roumain est une langue analytique (les morphèmes allongent les mots et modifient leur structure sonore), que la

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