AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 101 personne » (2004, § 21) 1 . Le commentaire, explique le poéticien, est une relation métatextuelle complexe, où l’expérience de l’altérité (du texte premier) met à défi l’identité du commentateur. Nous n’avons pas l’ambition d’approfondir cette piste herméneutique, notre objectif étant de passer en revue les propos des écrivains, à forte coloration subjective, qui ont contribué à la consécration littéraire de Diderot. Nous nous contenterons de noter que le propre des lectures d’écrivain c’est d’engager un dialogue complice ou tendu entre deux personnes , le commentateur et Diderot en l’occurrence, par texte interposé. Nous allons constater qu’il n’est pas impossible que le texte premier (de Diderot) disparaisse dans cette opération, pour que ne subsiste que l’image de soi du commentateur. Ainsi, par exemple, les articles de Jules Janin, abondants et encomiastiques, ne servent que de faire-valoir pour un écrivain qui se perçoit en successeur désigné de Diderot et, donc, autorisé de parler à sa place. 2. Un cas de réception décalée L’œuvre de Diderot est un exemple de « réception décalée » : à l’exception des Bijoux indiscrets , publiés en 1748, ses contes, les grands romans, tout comme les écrits sur l’art et certains textes philosophiques importants, restent inconnus au public du XVIII e siècle. Seuls les abonnés princiers de la Correspondance littéraire 2 , des amis proches et de rares lecteurs de manuscrits ou de copies manuscrites découvrent du vivant du philosophe la richesse, la verve et la force d’invention de ses écrits. Les contemporains auraient pu le connaître surtout en tant qu’éditeur de l’ Encyclopédie , auteur ou traducteur de quelques ouvrages philosophiques, apologiste du roman richardsonien, et théoricien d’un nouveau genre théâtral, le drame bourgeois, illustré par deux pièces (« comédies ») qui ont eu un succès mitigé. Avant l’édition Naigeon, posthume, peu nombreux sont, jusqu’à la fin du XVIII e siècle, les lecteurs des contes, de La Religieuse et de Jacques , du Paradoxe sur le comédien et des Salons , du Rêve de d’Alembert ou du Supplément au voyage de Bougainville . L’ouvrage au destin le plus paradoxal est Le Neveu de Rameau 3 , dont Diderot 1 Voir aussi Clément Bruno, Le Lecteur et son modèle , Paris, PUF, 1999. 2 Ce journal, dirigé successivement par l’Abbé Raynal, Grimm et Meister, était distribué exclusivement à l’étranger, sous forme manuscrite. Les ajouts, en copies manuscrites, de différents ouvrages étaient communiqués sous la promesse formelle de ne pas les laisser circuler librement. Des informations exhaustives sur l’état actuel des connaissances concernant la dynamique du corpus diderotien sont dispensées dans le Dictionnaire Diderot paru sous la direction de Roland Mortier et Raymond Trousson (Champion, 1999) et les notices d’accompagnement des différentes éditions complètes, dont celle que nous avons consultée, procurée par Laurent Versini (Robert Laffont, 1994-1997). Une nouvelle édition d’œuvres complètes, dans la collection La Pléiade, est en cours, sous la direction de Michel Delon. 3 En 1784, la « Satire seconde » reste en plusieurs copies manuscrites, dans le fonds Vandeul et à la Bibliothèque Saltykov-Chtchédrine de Saint-Pétersbourg. Le texte est publié d’abord

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