AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 115 homme du XVIII e siècle avec lequel il eut aimé à vivre”, et qu’est-ce que cela pouvait nous faire ? » (26) et de son obstination à le regarder de trop près, pour le blanchir, et asseoir une réputation surfaite : « Il n’était guères qu’un Sainte- Beuve desséché, à l’analyse microscopique, qui l’appliquait à l’homme le moins fait pour être regardé au microscope, et qui se contentait de fendre en quatre les cheveux de la perruque ébouriffée de Diderot pour nous prouver que ce n’étaient pas des serpents... » (134) L’engouement de suiveur fit Janin, tout aussi bavard que son idole, l’exalter et l’imiter. Il produisit une continuation du Neveu de Rameau , que Barbey qualifie d’« éructation de Diderot assez retentissante ! » (27). Si Janin s’était attaché à Diderot dans un élan de sympathie viscérale, allant jusqu’à l’identification, l’attitude de Barbey d’Aurevilly est ambivalente : d’une part, il déteste viscéralement le contempteur de Dieu, d’autre part il ne peut résister au magnétisme d’un artiste doué, quoique profus et débraillé. Il se demande si Diderot est des auteurs qui méritent de durer dans la mémoire collective : « Lu une fois, Diderot mérite-t-il d’être relu ? Vaut-il la peine d’être rangé fastueusement sur les rayons d’une bibliothèque, souvent pour y rester comme une momie, relié en veau ou dans sa propre peau ?... » (28), pour ajouter, sardoniquement, que si les livres de Diderot sont faits pour rester, c’est « comme une espèce de mausolée dans le cimetière d’une bibliothèque ; car toute bibliothèque est un cimetière. Ils ne sont pas faits pour être relus. » (46) Comme tant d’autres commentateurs, l’essayiste voit Diderot en géant, mais pour lui la démesure du personnage prend des allures grotesques. En voici quelques exemples : Diderot est un gros personnage, enflé comme une bulle de savon par la Critique moderne, et même à l’état du ballon pour l’énormité... (25) Tout fut exagéré en lui, même sa gloire. […] cette omelette soufflée du nom de Diderot […] (46) Cet homme, qui bavardait ses livres bien plus qu’il ne les écrivait, cet esprit exubérant, qui lâchait toujours tout, en style de ballon , — et, au fait, ses livres gonflés et tendus étaient des ballons , crevés à présent presque tous […] (76-77) La gloire du personnage et celle de ses livres furent enflées, gonflées, exagérées, surfaites. Mais comme les ballons et les omelettes finissent par se tasser, la gloire factice se fera oublier (« ce nom gonflé se dégonflera », 46), et les livres fourre-tout perdront de leur intérêt. Une autre série d’images attribuent à Diderot une grandeur animale et sauvage, avec de la lourdeur et de l’indélébile grossièreté, tant dans l’image qu’il donne de soi, que dans la manière de réfléchir, s’exprimer ou composer ses livres : Diderot a touché à beaucoup de sujets [mais] d’une main plus lourde … (37)

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=