AGAPES FRANCOPHONES 2012
116 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 [son Jacques ] c’est du Sterne, mais quelle patte à la place de cette main ! Ce gourd et lourd Diderot. […] Il a touché à tout comme Voltaire, mais il n’avait pas plus la main ailée de Voltaire qu’il n’avait la main fine et languissante de Sterne. (71 et 72) C’était un pataud brillant, mais c’était un pataud, qui, dans sa lourdeur déclamatoire , brillait plus par le mouvement que par l’éclat de sa pensée […] (74) Impressionnant par la taille et la force, l’ « animal » Diderot sort ruisselant du bourbier de toutes ses indélébiles turpitudes philosophiques. Les arguments de ses défenseurs ne sauraient le blanchir, la fange de son athéisme l’ayant pénétré en profondeur : Tous avaient pris Diderot avec ces deux taches ; ils l’avaient pris ruisselant de la boue dans laquelle il s’était vautré, et ils l’avaient admiré, nonobstant, comme un magnifique animal auquel la fange dont il est couvert n’enlève ni les belles proportions ni la vigueur des attitudes. […] On ne bouchonne pas un hippopotame , sortant de sa vase, avec quelques grêles brins de paille […] (240- 241) Comme Sainte-Beuve, Nodier ou Janin l’avaient fait auparavant, Barbey d’Aurevilly associe « l’homme emporté de tempérament et de phrase » (37) au feu et à l’eau. On a tantôt la combustion ravageuse et inféconde de sa tête enflammée qui se répand dans tous ses écrits (nous soulignons) : La salamandre qui s’appelait Diderot, et qui vivait dans le feu de l’esprit, dans le feu du cœur, dans le feu des sens, dans le feu de l’enthousiasme, dans le feu de la gaîté et dans le feu des larmes […] (144) ; « cet homme, qui fut l’ Ixion de toutes les nuées » (85) ; Tête de feu plus que de lumière (59) ; Esprit ardent plus que fécond , – et il ne faut pas être trop ardent pour être fécond –, il porte dans tout ce qu’il écrit, philosophie, romans, critique, histoire, le tempérament vineux et fumeux de son pays […] (49), tantôt les torrents de paroles, intarissables, impétueux, qui s’épandent, inondent et engorgent l’esprit de tous : Jamais bavarderie ne fut plus robuste, plus impétueuse et plus continue que la sienne. Il ressemblait à ces fontaines qui dégorgent incessamment et puissamment une eau violente par la bouche de quelque figure de lion rugissante, et toute oreille était pour lui une vasque qu’il inondait et qu’il remplissait, ce déclamateur, improvisateur, prédicateur (70) ; […] ce moi bouillonnant et retentissant de Diderot, cette nappe enflée d’un bavardage immense, cette inondation, ce déluge qui passe par-dessus tous les personnages de ses drames ! (85) ;
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