AGAPES FRANCOPHONES 2012

124 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 dictateur roumain. L’auteur nous dit que son livre est le making-of de la Révolution roumaine transmise en direct par les télévisions du monde entier (« Postface », 189) 2 . Les centaines d’heures pendant lesquelles il a regardé la bande vidéo tout au long de deux années fournissent cette transcription commentée, incorporée dans l’ensemble de la narration. Celle-ci porte le titre prévu pour le film, mi-fiction, mi-reportage. À la version officielle sur l’événement, le narrateur ajoute la version issue de la suspicion que tout était fabriqué suivant un scénario mis au point par avance et présenté aux téléspectateurs du 16 au 25 décembre 1989. Les faits nous apparaissent en même temps comme vraisemblables et sujets à caution, accrédités comme vrais par la preuve du document vidéo et discrédités par l’inclusion, dans le récit, des présuppositions engendrées par la rumeur. « Dans un système qui tolère toutes les critiques », écrit Frédéric Beigbeder, « il faut maximiser le bruit pour réveiller les consciences. » (2011, 365). Le livre témoigne d’un certain état d’esprit qui comporte de la provocation, de l’ambiguïté et cette volonté de « modifier le regard » comme le veut, par exemple, Amélie Nothomb (citée par Beigbeder 2011, 281), qui débutait en 1992, l’année de la parution du livre d’Eliad. Historiographie Il n’est point dans notre intention de réalimenter la discussion sur l’événement. Le sujet a vieilli. Révolution télévisée ? On a eu des révolutions en ligne. Hiroshima ? Il y a eu Fukushima. Nous nous contenterons de renvoyer au livre très documenté de l’historien Peter Siani-Davies, The Romanian Revolution of 1989 (2005) 3 . L’auteur nous avertit que « toute la vérité ne peut jamais être connue […] dans le cas d’un événement aussi chaotique qu’une révolution » et « qu’il y aura toujours une pluralité de vérités » (17) 4 . Il montre comment, dans un premier temps, grâce à la télévision, cette révolution est devenue une expérience commune pour les Roumains et pour les téléspectateurs de l’Ouest européen, « qui ont projeté sur la Roumanie leurs propres attentes », et comment on a passé de l’enthousiasme à la déception et à la suspicion dues, au début, à la confusion quant au nombre de victimes (Siani-Davies 2006, 206 et 398). Par la suite « à commencer par Michel Castex, directeur de l’Agence France Presse, arrivé à Bucarest le 25 décembre 1989, les doutes sur les événements ont fait la matière d’une série d’articles critiques et de livres » 2 Nous renvoyons ici et dans ce qui suit à l’édition roumaine de 2006. 3 Peter Siani-Davies, directeur du Centre d’Études Sud-Est européennes est professeur à University College de Londres. Dans son livre de 2005 il explique les interprétations de l’événement comme révolution, comme coup d’Etat résulté d’un complot, comme révolte populaire. 4 Les citations du livre de Siani-Davies renvoient à l’édition roumaine de 2006, que nous traduisons en français.

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