AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 125 (246). L’évolution des événements tout comme la perception à l’intérieur du pays ont été influencées, comme l’affirme l’historien, par des racontars (20). Selon un sondage d’opinion fait en Roumanie en 1992, mentionné dans le livre, les gens percevaient révolution comme : vraie (46% des réponses), volée (31%) ou fausse (23%) 5 . La révolution perçue comme vraie ne cesse d’être un sujet de débat. Dans un compte rendu sur un livre paru en 2011 6 , nous trouvons cette remarque : « [l’auteur] reconnaît que Timisoara avait été autre chose [qu’une mise en scène], la ville avait achevé sa révolution – la révolution vraie […] » (Marineasa 2012, 19). Remarquons que l’authenticité de la révolution n’est pas mise en cause à Timisoara, du 16 au 22 décembre 1989. La Roumanie était encore sous la dictature et la Télévision roumaine ne s’était pas encore déclarée libre (d’informer sur les événements et de… les « promouvoir »). Ce qui est faux, ou prétendu faux, apparaît par la suite. D’où une possible lecture littérale du titre du livre d’Eliad : Timi ş oara [reste] mon amour. Transcription et transgression Notre intérêt porte sur la transgression des formes littéraires, sur les modifications saisies au niveau des genres. Revenons donc à la littérature et au dialogue des arts. Toute une série de productions littéraires proposent une vision du monde sensiblement modifiée par rapport à ce qu’on concevait avant l’invention de la cinématographie, de la télévision et de l’Internet. On affirme, non sans raison, que ces inventions ont des conséquences ontologiques Nous vivons dans un monde partagé entre le réel et le virtuel. Notre réalité immédiate englobe la réalité des media. Notre existence physique se trouve contaminée d’images télévisées. Nous sommes pareils au personnage de l’écrivain argentin Adolfo Bioy Casares ( L’Invention de Morel , 1940) qui, tombé amoureux d’une femme, commence un jeu de séduction auquel elle ne daigne pas répondre. C’est comme si elle ne le voyait pas. Et il s’avère qu’elle ne le voit pas parce qu’elle n’est que la projection parfaite, tridimensionnelle, dans le même décor, d’une image enregistrée auparavant grâce à un appareil sophistiqué. Le protagoniste de cette histoire ne cesse pas d’aimer cette femme même quand il découvre qu’il s’agit d’une autre réalité et se rend compte qu’elle ne vit plus. Son désir ardent est d’entrer « dans le ciel de la conscience de Faustina ». C’est la situation de quelqu’un qui, assis dans son fauteuil 5 L’historien traite de ces aspects dans le chapitre VII, « Mythes et réalités de la révolution » (380-406). 6 Grigore Cartianu, Terori ş tii printre noi. Adev ă rul despre uciga ş ii Revolu ţ iei [Les terroristes parmi nous. La vérité sur les criminels de la Révolution], Bucure ş ti, Adev ă rul Holding, 2011.
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