AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 127 ils paraissent « mettre en œuvre » un scénario. Parmi eux, un poète et un acteur, notoires. Une autre catégorie de personnages, désignés par des initiales, O.G., I.A., I.H. et bien d’autres, sont des témoins qui se déclarent des participants directs à des pseudo-actions. Il y en a qui racontent avoir joué des rôles de gardiens, arrêtés quelque part à mi-chemin entre la foule et les positions de décision inaccessibles. Il y a, enfin, la catégorie des figurants qui assument innocemment un rôle et s’exposent à devenir des victimes. C’est « aux figurants, pour leur mortelle innocence, aux 1067 martyrs de la Révolution » que le livre est dédié. Personnes réelles identifiées, témoins sans identité et figurants. La transcription du document visuel n’enregistre pas de héros : ni de l’histoire ni du livre. À notre avis, des personnages qui auraient pu soutenir la partition fictionnelle sont le cameraman ou le technicien de retransmission dont les rôles, mentionnés comme importants dans de brefs paragraphes, ne sont pas développés. Car il s’agit simplement de faire passer les images dans un code écrit, dans l’intention de dévoiler la confusion et tout ce qui paraît être inauthentique. Ce genre de diégèse développe le thème de la manipulation, familier aux lecteurs de dystopies politiques. Un mystérieux meneur du jeu y remplace la force du destin ou la Providence. Du conflit individu/société il ne reste que la perplexité de l’individu. Le thème de la manipulation est annoncé dans le texte par une intervention métalittéraire (22-23) qui met en cause le téléspectateur tout autant que le lecteur. Amenés « à la frontière où la réalité et la fiction se confondent », ils sont curieux, déçus et frustrés. Ils se déclarent manipulés. Pour en finir avec le sentiment de dégoût, il n’y a qu’une solution : discréditer tout ce que l’on voit, tout ce que l’on dit pour cette simple raison que l’on a besoin de « rire, [de] nous amuser », « pour que le monde se remette à tourner ». La machination devient alors prétexte de rigolade. La note hilaire vient de la parodie des livres d’espionnage. L’auteur invente deux personnages, le soviétique Scerplianicov (du KGB) et l’américain Thornsbrownson, spécialisé en contre-espionnage. Depuis les années 1960, ils travaillent ensemble dans un département spécial. Eisenstein et Hollywood les inspirent. Les Français, à leur tour, modifient le titre initial, « Noël roumain », en Timi ş oara mon amour . Le ton badin y est soutenu par des allusions à notre francophonie et à l’intelligibilité universelle du mot amour , réalité incontestable prouvée lors de la diffusion du film de Resnais. Quant à l’intelligibilité des actions révolutionnaires, nous apprenons que de nombreuses images sont fournies par des cameramen amateurs ayant surpris des scènes où, quand et comment ils pouvaient le faire. Leur intervention embrouille les choses plus qu’elle ne les éclaircit. La presse internationale s’installe à l’hôtel Inter(continental) de Bucarest à vingt-quatre heures de distance du moment où l’on avait

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