AGAPES FRANCOPHONES 2012
132 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Le Montréal « francophone » vu par des Francophones 1 Laide et dynamique comme Manchester, rêveuse et nostalgique comme Lisbonne, hantée, telle Berlin, par son passé et ses fractures internes, séparée telle Istanbul, par un Bosphore imaginaire, animée comme le Madrid des années quatre-vingts, par une permanente movida sociale, politique et culturelle, Montréal est un manteau d’Arlequin. (Lépine, « Écrire Montréal… ») C’est ainsi que Stéphane Lépine présente la capitale mondiale du livre en 2005. Il est intéressant de noter que l’auteur recourt à des comparaisons quelque peu faciles parce que grossières et donc forcément boiteuses. On remarque aussi qu’il compare Montréal à des villes européennes, sauf Istanbul (qui en fait mériterait qu’on s’y arrête un peu) ; tout ancrage nord-américain est exclu, ce qui prive la métropole québécoise de ses particularités historique, culturelle et linguistique. Pourquoi, en plus, Montréal serait un manteau d’Arlequin ? Quant à François Hébert, dont on connaît l’engouement pour le mot et ses subtilités, il pointe un des vieux complexes d’infériorité des Québécois – l’éternelle seconde place impartie à leur métropole : Métropole d’une minorité au Canada, Montréal pourrait aspirer au titre de la plus importante ville secondaire du monde. Elle est la seconde ville canadienne après Toronto, la seconde ville francophone (si l’on compte les anglophones !) après Paris, la seconde ville juive d’Amérique, la seconde capitale haïtienne. Son équipe de baseball finit généralement au deuxième rang derrière New York… (Hébert 1989, 21-22) Montréal – devenue au fil des ans la métaphore d’une société canadienne avec toutes ses cassures – est l’endroit où s’affirme la présence de l’altérité à la française en Amérique du Nord. C’est à la fois un havre de paix et d’espoir pour de très nombreux réfugiés. Les différents flux migratoires depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ont contribué à façonner le visage et le caractère de Montréal marqué jusque-là essentiellement par ce qui fut appelé assez longtemps les « Deux Solitudes » 2 . D’autres solitudes se sont greffées aux premières et ont modifié en profondeur l’image de Montréal. Sherry Simon nous parle d’une métropole hybride de par ses manifestations architecturales ( Hybridité culturelle , 1 Montréal n’est pas en reste. Il y a de plus en plus de publications, d’anthologies, de romans et autres publications qui mettent le « Montréal transculturel » à l’honneur. Nous n’allons pas faire ici une étude terminologique afin de déterminer les différences axiologiques entre trans , multi et inter . D’autres l’ont déjà fait avant nous, et pour certains les distinctions sont tout simplement politiques et non pas littéraires. 2 D’après le roman Two Solitudes , de Hugh MacLennan, publié en 1945. MacLennan avait emprunté son titre à un poème de Rainer Maria Rilke.
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