AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 133 1999). Son brillant essai Traverser Montréal. Une histoire culturelle par la traduction 3 fait état d’une ville traversée par des sensibilités et des créativités autres que celles « de souche ». L’auteur dit aussi: Montréal est devenue aujourd’hui une ville cosmopolite, une ville où le français s’est imposé comme matrice de la vie culturelle. Ses rues sont des lieux de rencontres, de métissage, d’interférence. Mais pendant près de trois siècles, les relations culturelles de la ville ont été marquées par des divisions spatiales et culturelles fondamentales. Montréal nourrit des rêves et des mythes comme toute métropole, mais ses enseignements particuliers concernent des passés séparés. (Simon 2008, 3) 4 Les divisions évoquées par Sherry Simon semblent déjà être caduques, la vieille « ligne de démarcation », la Main (autrement dit l’avenue Saint-Laurent), ayant apparemment perdu son rôle historique. Les divisions d’aujourd’hui sont plus subtiles et se sont déplacées, tout comme les populations « de souche » qui « émigrent » vers les banlieues et celles des immigrés qui ont tendance à se concentrer pour certaines à Montréal- Nord, à Saint Michel, ou à Outremont. Notre tâche ici serait d’ébaucher un Montréal selon quelques romans de la diaspora haïtienne. Pourquoi justement recourir à des auteurs de la diaspora haïtienne ? La réponse est relativement simple et complexe en même temps. Depuis 1964, bon nombre d’intellectuels et créateurs ont dû quitter l’Haïti des Duvalier ; c’est pourquoi Montréal est devenu un centre de la création littéraire haïtienne de la diaspora. Voyons d’abord comment l’image littéraire de la métropole s’est modifiée au fil des ans. Un rapide panorama va nous permettre de cerner la particularité montréalaise et de situer l’élément de nouveauté créé par les romanciers haïtiens. Le Montréal des autres Montréal, par son intégration malaisée dans l’ensemble québécois, remet en question l’élaboration d’une identité unitaire qui prétendrait justifier son autochtonie, son antécédence. À Montréal, plus qu’ailleurs, la rencontre de l’étranger est une donnée immédiate du parcours. C’est d’ailleurs dans cette perspective que l’on peut envisager la fonction du cosmopolitisme dans le cadre montréalais. (Harel 2005, 146) 3 Titre de la traduction française, parue en 2008, de l’essai Translating Montréal : Episodes in the Life of a Divided City (2006). 4 « Today Montréal is a cosmopolitan city, with French as the matrix of ist cultural life. Its streets are places of contact, mingling, and interference. For almost three centuries, however, the city’s cultural relations were described in terms of elemental spatial and cultural divisions. While Montréal has dreams and myths equal to those of any metropolis, its special lessons have to do with those separate pasts. » (Simon 2006, 3)

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