AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 135 modernité et de froideur, recouvrent les fleurs du pays d’origine et font oublier « la chanson du remouleur » qui appartient à un autre âge, à une autre culture. Pour Émile Ollivier (1940-2002), Montréal est « […] ville d’accueil, ville creuset, ville qui joue à surprendre ! [...] ville sans passé prestigieux, peuplée en majorité de gens venus d’ailleurs. » ( Passages , 1991, 70) Ollivier souligne justement ces trois éléments qui caractérisent Montréal pour de nombreux réfugiés ou de simples immigrants. Toutes ces populations nouvellement arrivées trouvent à Montréal une ville d’accueil, un havre de paix. Et l’afflux des différentes vagues d’immigration ont fait de Montréal ce creuset multiethnique et plurilingue dont parlent de nombreux écrivains et chercheurs. Dans La Brûlerie , roman publié posthumément, Émile Ollivier précise davantage son point de vue. Un peu à la manière de Michel Tremblay, qui dans son cycle romanesque Chronique du Plateau Mont- Royal nous présente le quartier autour de la rue Fabre près du Parc Lafontaine, le roman d’Ollivier nous plonge dans un quartier précis de Montréal, bien circonscrit, avec ses rues et ses monuments, et un café, « La Brûlerie », qui existe vraiment. Il s’agit du quartier Côte-des-Neiges, déjà mis au centre d’un roman par Alice Parizeau ( Côte-des-Neiges, 1983) et par Mauricio Segura dans Côte-des-Nègres (1998) 5 . Pourtant, Émile Ollivier ne procède pas à la manière de Régine Robin qui, dans La Québécoite (1983), défamiliarise une géographie urbaine familière. Dans la partie intitulée « Snowdon » de son roman, elle évoque également le quartier dont il est question ici. La peinture quasi hyperréaliste d’Ollivier ressemble quelque peu au procédé de John Steinbeck de la Cannery Row (1945) quant à la typification des personnages. La Brûlerie compose une sorte de microcosme, un point de rencontre des biographies les plus bigarrées, des personnages qui ne tiennent pas sur place, des nomades qui traînent les tares d’un passé et qui nous présentent dans ce lieu béni un caléidoscope d’imaginaires, de nostalgies et d’amours impossibles. Un monde en perpétuel métissage ! Le narrateur dépeint ce Montréal nouvelle mouture vis-à-vis d’un des protagonistes du roman, Dave Folantrain, qui parle de son intention d’écrire un livre sur le Québec des années 1990 : Je lui dis aussi qu’un vrai travail d’écriture sur Montréal devrait commencer par mettre en scène la parole nomade, la parole migrante, celle de l’entre-deux, celle de nulle-part, celle d’ailleurs ou d’à côté, celle de pas tout à fait d’ici, pas tout à fait d’ailleurs ; je lui dis que dans cette ville aux 5 Maurico Segura, né au Chili en 1969, est arrivé à Montréal à l’âge de cinq ans. Côte-des- Nègres , publié en 1998 chez Boréal, est son premier roman.
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