AGAPES FRANCOPHONES 2012

138 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 que toute la géographie urbaine se trouve affublée de noms fantaisistes. Cette ville du Nord, censée être un havre de paix pour le réfugié, est par contre envahie – et ceci d’après les expériences imaginaires du protagoniste – par les esprits maléfiques du Sud, les forces obsédantes et obsessionnelles du vaudou. Le protagoniste ne peut donc pas vivre en paix dans le pays d’accueil puisqu’il est persuadé que les forces maléfiques de son pays d’origine sont capables d’agir même en dehors de leur sphère d’influence propre, l’espace caraïbéen. Si dans Un Ambassadeur macoute à Montréal la personnification du Mal sévit dans la métropole du Nord, le protagoniste de La Romance en do mineur de Maître Clo se croit persécuté, lui, le juriste hors pair et grand orateur, par les forces obscures. Cette paranoïa le plonge dans un état hallucinatoire qui lui fait perdre le sens de la réalité et rend impossible toute intégration dans le pays d’accueil. Dans ses fantasmes, Maître Clo se voit attiré vers la femme blanche, la voisine de sa sœur, qu’il croit être l’incarnation de la déesse Erzulie. Il redoute la force d’Erzulie et pense qu’elle aurait débarqué au pays pour le ramener en Haïti. Mais il faut savoir aussi que Maître Clo n’est pas seul. Il est soutenu par sa sœur et par les supérieurs de sa sœur. Là aussi nous nous trouvons en face d’une coalition positive qui cherche à venir en aide à celui qui a du mal à faire sa place dans la grande ville. Tout comme dans Un Ambassadeur macoute , la coalition des bons ne connaît ni différences de races ni différences de cultures. La solution éventuelle au désarroi et aux hallucinations de Maître Clo se trouve dans une fuite effrénée à travers la ville, et une fuite dans la maladie. Il trouve finalement refuge dans un hôpital, lieu approprié pour sa guérison qui s’annonce à la clôture du roman lorsque le papillon noir, symbole des forces maléfiques du vaudou, s’envole de sa chambre. Dans Vous n’êtes pas seul (2001), nous sommes également confrontés à un être en plein désarroi, un être qui souffre de son passé et qui ne trouve pas sa place dans le présent, dans cette grande ville caractérisée par le froid et la neige : Le monstre, cette deuxième tempête de neige, en une semaine, qui dévore le monde avec une telle fureur qu’on aimerait voir surgir de quelque coin de la ville un esprit audacieux capable de court-circuiter les catastrophes naturelles qui rendent la vie difficile aux enfants du Bon Dieu ! ( Vous , 7) Le protagoniste, qui est d’abord sans nom, donc sans identité, fait symbolique pour l’être perdu dans la grande ville, est aussi un être sans domicile fixe, un être « délocalisé ». Lorsqu’il est secouru par les deux femmes, Carmen et Marie-France, nous apprenons qu’il s’appelle Jacques et qu’il s’est sauvé d’un hôpital où l’on tente de le soigner, depuis un an, d’une maladie mentale ( Vous , 9). Gérard Étienne, aussi bien dans Le Nègre

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=