AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 139 crucifié que dans La Romance et dans Vous n’êtes pas seul , met au centre de ses romans un protagoniste hors normes, un être entre deux, entre folie et raison, et qui vit entre ses hallucinations et des moments de lucidité. Le monde de Gérard Étienne est peuplé d’êtres à la dérive, qui ont pourtant des qualités exceptionnelles, comme le protagoniste de La Romance , cet avocat hors pair et grand orateur, ou ce clochard noir de Vous n’êtes pas seul qui vous récite « Phèdre » par cœur. Mais tout comme dans La Romance , l’évocation du passé va de pair avec un état de profond délire. Conclusion Le Montréal de Gérard Étienne représente d’un côté l’impossibilité pour le protagoniste de s’intégrer dans une nouvelle culture, d’y faire sa place, un lieu d’expiation ( Maître Clo ), et de l’autre, un lieu d’exil qui ne protège pas des traumatismes du passé ni de la poursuite (imaginaire) des forces passéistes ( Vous et Maître Clo ). Le climat nordique et l’anonymat de l’individu perdu dans la grande ville jouent certainement aussi un rôle déterminant. Mais dans la vision de Gérard Étienne, Montréal remplit également une tout autre fonction, beaucoup plus positive que la première : c’est le lieu où s’exerce la solidarité, un lieu où l’entraide semble fonctionner au-delà de tous les clivages. Cette image positive d’un Montréal des quatre solitudes rejoint finalement le Montréal de Laurel dans Les Aurores montréales de Monique Proulx et le quartier bigarré de Côte-des-Neiges cher à Émile Ollivier. Corpus Étienne, Gérard, La Pacotille . Montréal, l’Hexagone, 1991. ---, La Romance en do mineur de Maître Clo , Montréal, Balzac éditeur, 2000. ---, Un Ambassadeur macoute à Montréal , Montréal, Nouvelle Optique, 1979. ---, Vous n’êtes pas seul , Montréal/Paris, Balzac éditeur, 2001. Hébert, François, Montréal , Seyssel, Champ Vallon, 1989. Ollivier, Émile, La Brûlerie , Montréal, Boréal, 2004. ---, Passages. Roman, Montréal, xyz éditeur, 1991. ---, Regarde, regarde les lions . Nouvelles, Paris, Albin Michel, 2001. Phelps, Anthony, « Frères d’exil », In : Motifs pour le temps saisonnier , Paris, Oswald, 1986. Proulx, Monique, Les Aurores montréales . Nouvelles, Montréal, Boréal, 1996. Richard, Jean-Jules, Faites-leur boire le fleuve , Montréal, Le Cercle du Livre du France, 1970. Straram, Patrick, « Tea for two », In : Montréal en prose 1892-1992 , Anthologie présentée par Nathalie Fredette, Montréal, L’Hexagone, 1992, 358-380.
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