AGAPES FRANCOPHONES 2012

142 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 d’enlever la neige qui s’accumulait dans notre coin favori, un coin que nous avions aménagé pour jouer uniquement au hockey. Nous étions souvent deux, quelques fois, cinq, dix ou même vingt enfants, tous habillés de la même façon : une paire de patins (souvent reçue à Noël ou, dans certains cas, reçue d’un frère plus âgé – ce ne sera jamais mon cas, n’ayant qu’une sœur plus jeune que moi), un bâton de hockey, des mitaines bleues (il faisait encore très froid, les après-midi après l’école ou encore le samedi matin), et, surtout, un chandail bleu, blanc et rouge exhibant un numéro 9 sur le dos. Nous étions tous des Maurice Richard – le Rocket – de la célèbre équipe de hockey sur glace le Canadien de Montréal. Tous, chacun notre tour ou même souvent en même temps, nous effectuions de spectaculaires montées, en partant de notre but pour aller marquer dans le but adverse contre des Rangers de New York ou des Maple Leafs de Toronto imaginaires. Tous, nous avions les yeux et la fougue de notre héros, même si chacun de nous était trop jeune pour l’avoir vu jouer. Le Rocket avait pris sa retraite longtemps avant notre naissance, à l’automne 1960. Malgré ce détail qui nous semblait insignifiant, il était encore de loin le meilleur, surpassant les Guy Lafleur et Yvan Cournoyer que l’on voyait jouer le samedi soir à la Soirée du hockey de la télévision de Radio-Canada. Maurice Richard nous permettait de redresser l’échine et de prendre notre place au soleil, mais aussi d’échapper à nos devoirs. Il nous permettait d’oublier les longues journées passées à l’école et le fait que nous vivions à la campagne. Nous pouvions oublier le fait que nos parents devaient travailler dur, que la vie n’était pas facile et qu’elle ne serait jamais facile. Par Maurice Richard et en lui, nous devenions des vedettes, de riches vedettes qui n’auraient jamais besoin de travailler mais seulement de jouer au hockey. Nous avions nous aussi notre place au soleil. Maurice Richard nous permettait d’écrire nos propres romans, de refaire notre origine pour oublier notre quotidien et, ainsi, mieux le vivre. Mais qu’est-ce qui permettait à Maurice Richard de nous laisser inventer une nouvelle identité et de refaire notre origine ? L’auteur Roch Carrier, l’un de ceux qui a laissé sa marque en travaillant sur le sujet « Maurice Richard », pourrait peut-être fournir quelques éléments de réponse. L’on se souviendra de son célèbre conte, Le Chandail de hockey (1984), qui met en vedette un jeune garçon voulant à tout prix porter le chandail numéro 9 du Canadien de Montréal. L’on se rappellera aussi une page consacrée à Maurice Richard dans son roman intitulé Il est par là le soleil , publié en 1970. Ceci étant dit, faudra-t-il être surpris de constater que l’auteur revient à Maurice Richard en l’an 2000 avec Le Rocket ?

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