AGAPES FRANCOPHONES 2012

154 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 référence à la France, à la culture et la civilisation françaises. À cette époque-là, le français était devenu assez « familier », une langue connue et parlée par beaucoup de Roumains. C’était pour cela que certains écrivains roumains commençaient à l’utiliser dans la rédaction de leurs mémoires. Cette pratique a représenté une forme de francophonie, « même s’il s’agissait d’un français resté dans les tiroirs des meubles secrétaire 1 » (Sultana 1995, 81). L’analyse de certains récits de voyage – tels que celui de Dinicu Golescu, Însemnare a c ă l ă toriii mele [Notes de mon voyage], l’ouvrage de Ion Codru Dr ă gu ş anu, Peregrinul transilvan [Le voyageur de Transylvanie], celui de Sextil Pu ş cariu, C ă lare pe dou ă veacuri [Voyageant entre deux siècles] et plusieurs récits de voyage de Vasile Alecsandri, ouvrages considérés comme représentatifs pour la littérature roumaine du XIX e siècle – met en évidence, par les références nombreuses à la France, au peuple français, à la langue et la culture françaises, la francophonie et la francophilie des intellectuels roumains de cette époque. Dans notre étude, nous avons identifié deux types de textes : des textes qui renvoient explicitement à la francophonie et dans lesquels la francophilie est exprimée et avouée de manière directe (les cas d’Alecsandri, Pu ş cariu et Codru-Dr ă gu ş anu) et des récits dans lesquels la francophonie et le sentiment francophile sont identifiables au niveau textuel par des références rapportées aux réalités non-francophones qui ont pour rôle de mettre en évidence les premières, même si cela se fait de manière implicite. Il faut préciser, dès le début, que, dans la plupart des récits de voyage de la littérature roumaine du XIX e siècle, l’évocation de l’étranger n’était pour les auteurs roumains qu’un prétexte pour comparer la société roumaine et la civilisation européenne dans son ensemble, pour souligner l’état grave de certains aspects de notre société et pour exprimer dans le sous-entendu des textes la volonté de voir notre pays élevé à un haut degré de civilisation. Le contact avec la civilisation des pays de l’Europe occidentale a eu comme conséquences le changement de la perception des intellectuels roumains voyageurs sur leur propre personne et sur leur pays. Nous commençons notre analyse par quelques observations sur le récit de Dinicu Golescu, Notes de mon voyage , ouvrage qui renvoie aux visites de l’auteur en Hongrie, Autriche, Italie et Suisse. Nous observons l’absence de la France des pays visités par l’écrivain roumain, mais, en même temps, sa présence, de façon implicite, par quelques références importantes à la francophonie. Le prestige de la culture et de la civilisation françaises a eu un véritable écho dans les notes de voyage de notre intellectuel, de la manière suivante : la visite de la ville de Milan lui a 1 «[…] chiar dac ă este vorba de o francez ă r ă mas ă în sertarele mobilelor secrétaire . » (Notre traduction)

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