AGAPES FRANCOPHONES 2012

156 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 un récit de voyage écrit après avoir achevé son voyage, qui a la structure d’un faux journal intime. Il s’agit donc d’un récit de voyage rédigé sous forme épistolaire. Ion Codru Dr ă gu ş anu a beaucoup voyagé avant 1848 ; dans ses lettres adressées à un ami, entre les années 1835–1844, celui-ci raconte certains événements et exprime ses impressions sur les lieux visités et sur les personnes rencontrées. Notre analyse sur les récits de voyage du XIX e siècle veut mettre en évidence les relations culturelles franco-roumaines, et comme une conséquence de celles-ci, l’image de la France et des Français qui est créée dans la littérature roumaine de cette époque. Dans ce contexte, nous avons remarqué beaucoup de références de Ion Codru Dr ă gu ş anu, dans son ouvrage Le voyageur de Transylvanie , à la langue française et à la spécificité du peuple français. Nous les avons identifiées, d’une part, dans les lettres qui renvoient directement à la France ou à la ville de Paris, lettres datées entre les années 1840–1844, et d’autre part, dans les lettres qui ont comme sujet des pays ou des peuples différents qui, dans une perspective comparative, parlent de la France, des Français ou de la langue française. Ion Codru Dr ă gu ş anu fait une analogie entre les Français et les anciens Grecs, qui a comme support certaines caractéristiques communes de ceux-ci, visant le luxe, l’esprit révolutionnaire, les goûts, tandis que, pour le pouvoir d’influencer la culture générale du monde entier, ils sont comparables aux Romans (Codru Dr ă gu ş anu 1980, 119). Le caractère et l’aspect général du peuple français nous montrent, entre autres, de son point de vue, leur expressivité, joie et fierté nationale. L’écrivain a surpris aussi quelques défauts qu’il attribue aux Français : la frivolité, l’esprit superficiel, la fanfaronnade. La comparaison entre les Français et les Anglais a été inévitable, étant donné que, selon Ion Codru Dr ă gu ş anu, « en Europe il n’y a que deux grands peuples à proprement parler : les Français et les Anglais. 5 » (119) Quoiqu’il considère que ces deux peuples sont opposés sous plusieurs aspects, il estime « qu’ensemble, ces deux nations sont destinées à conduire le monde et à décider du destin des autres peuples. 6 » (119) En écoutant les Français, Ion Codru Dr ă gu ş anu a surpris les caractéristiques de la langue de Voltaire et a trouvé des arguments qui plaident en faveur de l’universalité de celle-ci, tout comme les raisons qui, selon lui, expliquent, son emploi en diplomatie : Les hommes, mais surtout les femmes, maîtrisent très bien l’art de la conversation […] Sur les choses les plus communes on peut s’exprimer en 5 « […] în Europa sunt numai dou ă popoare mari în toat ă puterea vorbei : francii ş i anglii. » (Notre traduction) 6 « […] în alian ţă una cu alta, aceste dou ă na ţ iuni sunt menite a conduce lumea ş i a decide pururea despre soarta celorlalte popoare. » (Notre traduction)

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