AGAPES FRANCOPHONES 2012

162 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 L’entre-deux guerres. Un pont entre deux rives. Un homme entre deux âges. Avoir le cul entre deux chaises. Nager entre deux eaux. Être pris entre deux feux. Autant d’expressions qui viennent en tête lorsque l’on associe les mots “entre” et “deux”. Dans chaque cas, un certain espace est créé, espace ambigu, positif ou négatif, ou les deux à la fois, qui est symbole de passage, de rapprochement, entre des réalités contradictoires ou opposées. Un espace créateur abolissant les frontières et subvertissant les règles, favorisant les rencontres et pouvant être interprété de cent manières différentes. Cet espace, c’est l’entre-deux . (Caroline Prud’Homme) Introduction La problématique de « l’entre-deux » représente un leitmotiv de la littérature écrite par les « intrangères » 1 - ces femmes écrivains issues de l’immigration maghrébine « indirecte », difficiles à classer, marginalisées également dans leur pays de naissance, la France, et dans le pays de leurs ancêtres. Partagées entre un ici et un là-bas, influencées par deux cultures « maternelles », condamnées à errer sans cesse entre deux espaces, deux langues, deux identités, elles écrivent pour dire le mal-être, la souffrance de l’être illégitime, marginal, périphérique, toujours à la recherche du « chez- soi ». Elles écrivent aussi pour « [cesser] d’être cette entité négligeable qui hante l’arrière-plan des romans [des] jeunes écrivains maghrébins ». (Kessas 2007, 7) La littérature produite par ces écrivaines dévoile alors une quête identitaire difficile, douloureuse, pouvant aboutir à la découverte/ redécouverte de soi-même ou à une impasse, à un mur infranchissable, au renoncement, à la mort. 1 Le terme « intranger » exprime le mieux, selon nous, le statut d’« éternelles étrangères » - au sein de la famille mais aussi au sein de la société, en France et également dans le pays des origines, que les écrivaines ont transmis à leurs personnages aussi. Quant à la provenance de ce terme, les avis sont partagés. Certains critiques considèrent que le terme appartient à Y.B., écrivain d’origine algérienne. Dans son roman Allah superstar (2003), Kamel, un des personnages du roman, affirme : « L’Intranger, c’est un mot que j’ai inventé que si tu es pas d’origine difficile tu peux pas piger, mais moi je t’explique, ça veut juste dire que tu es un étranger dans ton propre pays, mais ne me demande pas si le pays en question c’est l’Algérie ou la France» (237). D’autres estiment que le premier à employer ce mot a été Cem Özdemir, homme politique allemand d’origine turque. En 1997, il a publié sa biographie Ich bin Inländer dont le titre français serait Je suis un intranger . Ce terme serait construit à partir des mots « étranger » et « intérieur ».

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