AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 163 I. La problématique de « l’entre-deux » L’entre-deux est un espace qui suppose un questionnement identitaire, un espace où apparaissent des tensions, où l’identité et l’altérité se rencontrent ou se confrontent. Le psychologue Cihan Gunes affirme qu’il s’agit d’une notion que Daniel Sibony a pensé à l’endroit où la notion de « différence » lui semblait insuffisante – différence de culture, différence de langue... Insuffisante donc dans le sens où elle pouvait laisser penser que le passage d’un état à un autre se fait brutalement, sans qu’aucune trace du premier ne perdure dans le second. Avec la notion d’entre-deux, il souligne l’idée d’un mouvement, d’un déplacement, d’un passage entre deux états qui ne se fait jamais soudainement (et j’ajouterais même complètement), mais qui est de l’ordre d’une traversée qui appelle à des mouvements incessants de va-et-vient. (2011, §3-4) Ainsi, l’entre-deux-pays, l’entre-deux-langues, l’entre-deux-états deviennent des « lieux obligés que tous les humains expérimentent chaque fois qu’il s’agit de se déplacer, de traverser une frontière ». (Dahoun 1998, 214) Le concept qui nous intéresse ici peut donc renvoyer soit à l’instabilité, à la différence, au conflit, à l’aliénation, à l’échec quand les réalités sont/semblent irréconciliables, soit à une relation, à « une coupure- lien » (Sibony 1991, 11) 2 , au dialogue, au passage, au rapprochement, lorsque les différences sont dépassées et un « tiers-espace » est créé – un espace hybride où les deux cultures, identités ou géographies finissent par se réconcilier. Espace symbolisant « ni l’un ni l’autre […] mais quelque chose d’autre au-delà » (Bhabha 2007, 68), porteur de valeurs positives ou négatives, tel serait l’entre-deux qui définit la littérature issue de l’immigration maghrébine (ou de la « post-migration »), les écrivain(e)s qui la produisent et les personnages naissant sous leur plume. II. Une littérature de l’entre-deux La littérature produite par les « intrangers » se réclame elle-même de l’entre-deux. Littérature frontalière, de l’errance éternelle, située à la « rencontre mouvante entre deux cultures » (Bonn 1999, 125), elle est toujours à la recherche de son identité, de sa place au sein de la littérature française et des littératures francophones. Cette double « localisation culturelle » est identifiable au niveau même des différentes appellations qu’on lui attribue : littérature beur, 2 Selon Daniel Sibony « l’entre-deux est une forme de coupure-lien entre deux termes, à ceci près que l’espace de la coupure et celui du lien sont plus vastes qu’on ne croit ; chacune des deux entités a toujours déjà partie liée avec l’autre ». (1991, 11)

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