AGAPES FRANCOPHONES 2012

164 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 littérature de l’immigration, littérature issue de l’immigration, littérature transculturelle, littérature migrante, etc. À quel espace appartient-elle vraiment ? Est-ce qu’elle devrait être incluse dans le champ de la littérature française, maghrébine ou francophone ? Certains diraient qu’il vaudrait mieux la rattacher à l’espace maghrébin, et cela compte tenu des origines des écrivains ; elle serait ainsi un sous-domaine de la littérature maghrébine de langue française. D’autres diraient qu’elle devrait appartenir à l’espace français, vu que les auteurs sont nés en France ou y sont arrivés dès leur enfance. En conséquence, la difficulté de la nommer et de la situer témoigne d’une mise « en échec [de] toutes les définitions de l’ici et de l’ailleurs proposées jusqu’ici, que ce soit à partir des critères géographiques ou d’aires linguistico-culturelles » (Bonn 1999, 136). On pourrait donc la nommer « littérature entre-deux-espaces » ou même littérature « sans identité fixe ». L’entre-deux pourrait se traduire aussi par une oscillation entre la contestation et la reconnaissance, entre le rejet et l’acceptation. Trente ans après la parution des premiers romans au début des années 80 3 , l’œuvre née sous la plume des « intrangers » reste « étrange », marginale, au statut problématique, ayant du mal à trouver sa place. Certains y voient une « litté-rature » 4 , une littérature « mineure », dépourvue de toute valeur esthétique, produite par des écrivains « périphériques » ; d’autres la considèrent pourtant une littérature tout court, un « lieu de passage » permettant aux post-immigrés de « fix[er] la mémoire d’une génération, [d’]apport[er] leur contribution à la déjà longue histoire du roman des “misérables” ». (Desplanques 1991, 149) Compte tenu de la place importante occupée par l’autobiographie dans les œuvres des écrivain(e)s issus de l’immigration maghrébine, il est difficile de tracer une frontière nette entre la réalité vécue et la fiction. En outre, il n’est pas facile non plus de dire s’il s’agit vraiment de romans, 3 En général, le roman Le Thé au harem d’Archi Ahmed (1983) de Mehdi Charef est considéré comme œuvre fondatrice de la littérature issue de l’immigration maghrébine. Toutefois, Jean Déjeux va plus loin dans le temps et considère que la naissance de cette littérature est marquée par la publication en 1977 de la nouvelle La Béotie de Jean-Luc Yacine et du récit Le Corps en pièces de Zoulikha Boukhortt. 4 Il n’y a pas seulement la critique qui parle d’une « illégitimité » de la littérature produite dans l’immigration par les « post-immigrés ». Par exemple, Farida Belghoul elle-même écrivaine beur affirme que « la littérature en question […] est globalement nulle [...]. Elle ignore tout du style, méprise la langue, n’a pas de souci esthétique, et adopte des constructions banales » (propos de Belghoul cités par Chaulet Achour 1990, 184). Hocine Touabti, auteur du roman L’amour quand même (1981), prétend même que cette littérature « bâtarde » n’existe pas. Notons toutefois qu’Alec Hargreaves (2000, 56) souligne à propos de cet ouvrage qu’il s’agit du premier roman publié par un auteur issu de l’immigration maghrébine.

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