AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 165 d’autobiographies, d’autofictions ou tout simplement d’ouvrages à valeur documentaire et sociologique. C’est pourquoi nous pouvons parler aussi d’un entre-deux-littéraire ou d’un entre-deux fiction-réalité. Dans notre analyse de l’entre-deux, nous nous intéressons au roman Beur’s story (1990) de Ferrudja Kessas. L’ouvrage en question met en scène la famille Azouïk dont les membres, parents et enfants, filles et garçons, se confrontent à des questionnements identitaires profonds. Ils sont tous à la recherche de leur propre voie, de leur identité, des origines perdues/mal- connues car ils mènent tous une vie « entre les deux ». Nous y avons identifié plusieurs axes : l’entre-deux-culturel et identitaire ; l’entre-deux-géographique ; l’entre-deux-linguistique et l’entre- deux-temporel. III. Des personnages « de nulle part » ou l’entre-deux-culturel et identitaire Dans le cas de l’entre-deux-culturel, tel qu’il apparaît dans le roman de Farrudja Kessas, il ne s’agit pas d’un lien, d’un rapprochement entre deux cultures, de la possibilité de créer un « tiers-espace », mais, tout au contraire, d’un affrontement aliénant. Conséquence d’un exil géographique et d’un exil intérieur, il est vécu non seulement par les parents en tant qu’exilés « directs », mais aussi par les enfants - les « exilés indirects ». Il renvoie à « l’insaisissable, [à] l’indicible, [à] ce qui est présent et voilé à la fois […] [à] l’instabilité, […] à la juxtaposition, à la fragmentation ». (Cyr Pangop Kameni 2009, 3) Les parents – ces individus déracinés En ce qui concerne les parents, ceux-ci vivent dans un entre-deux douloureux car « par le voyage, [ils ont perdu] le cadre externe de la culture d’origine et n’ont pas eu le temps de se construire un nouveau cadre avec le pays d’accueil » (Dahoun 1998, 216). La rencontre avec l’Autre ne les a pas changés, n’a pas pu effacer l’héritage des ancêtres ; tout au contraire, elle a provoqué une réaction d’autoprotection. Ainsi, la patrie qu’ils ont quittée s’est transformée dans un « “monde fantôme” » qui les hante toujours. Au moment du départ vers la France, les parents auraient pu laisser « là-bas » toutes les conventions, les coutumes constitutives de leur culture afin de mieux s’approprier les traditions du pays d’accueil. Ce n’est pas le cas des Azouik, qui ont tout emporté avec eux, en transformant leur maison dans une Algérie en miniature. De ce fait, ils continuent à « [s’agripper] coûte que coûte à ce “là-bas” comme moyen de survie [tout en essayant de] fixer les choses et nier le travail du temps ». (Dahoun 1998, 218)

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