AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 167 Nous pouvons parler aussi d’un « entre-deux-femmes », c’est-à-dire d’un va-et-vient entre la fille réelle et la fille fantasmée envisagée par les parents, entre la fille-pour-elle-même et la fille-pour-sa-famille, entre « la Française que je suis et l’Algérienne que mes parents voudraient que je sois » (Benaïssa 1990,15). Si Malika réussit à passer sans trop de difficulté d’un rôle à l’autre, pour Farida ce passage est aliénant, d’autant plus que celle-ci a joué longtemps « la comédie » devant les camarades de classe auxquels elle a essayé, sans succès, de cacher ses origines modestes et les interdits qui gouvernaient sa vie. Prise entre deux identités - la jeune fille qu’elle ne peut pas être et celle qu’elle ne veut pas être, Farida vit un profond sentiment d’aliénation, synonyme de dépossession, de perte de repères qui l’emmènera vers la mort. Dès leur naissance, le destin des filles est décidé par la famille, et même par la communauté. Apparemment, elles n’ont pas le droit de prendre des décisions : toute leur vie, elles doivent obéir à leurs parents, à leurs frères, à leur mari, à la religion. En même temps, la société dans laquelle elles sont nées les a habituées à d’autres valeurs. En conséquence, leur être se « divise » en un « moi-diurne », que les autres voient ou veulent voir : la jeune fille sage, qui se prépare pour sa « carrière » de mère et d’épouse obéissante et soumise ; et en un «moi-nocturne », le visage secret, caché, que la jeune fille dévoile quand elle se trouve seule, dans l’obscurité de sa chambre ou dans la solitude de la rue. Malgré les moments de souffrance, de déchirement, Malika ne peut pas en vouloir à ses parents. À part quelques moments où elle se révolte, elle semble accepter son destin et pardonner ses parents qui s’efforcent de « maintenir la barque qu’ils avaient fait accoster en France et qui menaçait à chaque instant de s’éloigner au gré des flots, et de ses vents, en les abandonnant sur le rivage, désemparés ». (Kessas 2007, 64) IV. L’entre-deux-géographique Les personnages du roman se trouvent aussi dans un mouvement continu entre deux espaces. Cette « migration » peut être réelle ou imaginaire, explicite ou allusive. « Ici » et « là-bas » Les personnages du roman se déplacent, d’une manière symbolique, entre un « ici » et un « là-bas ». Par définition, l’« ici » désignerait un lieu proche de soi-même, tandis que le « là-bas » renverrait à un endroit éloigné. Pour Malika et Farida, l’« ici » représente la France, leur pays de naissance, où elles veulent se faire accepter ; tandis que « là-bas » renvoie à un espace lointain, (quasiment) inconnu, qui n’existe que grâce aux histoires racontées par les parents. Malgré cette méconnaissance, Malika
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