AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 169 doivent se dédoubler tout le temps pour passer d’un espace à l’autre, pour se faire accepter. Cela est d’autant plus difficile qu’elles incarnent partout l’étranger. À l’école, elles ont toujours représenté l’Autre à cause du statut d’immigré « indirect » auquel elles ne peuvent pas échapper. Quant à l’espace familial, elles y deviennent des étrangères aussi car elles veulent embrasser une autre vie, différente de celle des autres femmes de leur communauté. Dans une banlieue qui devient synonyme d’un espace clos, d’un hors-lieu, les personnages féminins devraient considérer leur maison comme un refuge. En réalité, c’est un lieu inhabitable, où les individus communiquent difficilement, où la moindre faute est punie d’une manière violente. En opposition avec la maison, l’école a plutôt des significations positives. Elle symbolise la passion, l’espoir, la liberté, la tranquillité. C’est ici que Malika et Farida subissent des transformations identitaires. C’est ici que la rupture entre les parents et leurs enfants a lieu, sans qu’une réparation soit possible. Monde réel/monde imaginaire Les trois personnages féminins vivent aussi un entre-deux- « géographique » différent. Le monde réel, aliéné et aliénant, les oblige à se créer des « espaces intermédiaires » (Grell 2002, 210). Les trois filles trouvent dans la lecture (Fatima adore les romans-photos, alors que Malika s’intéresse aux classiques de la littérature française), dans les promenades au bord de la mer ou dans les rues désertes, des moyens d’échapper à un quotidien pénible. Elles découvrent ou s’inventent de nouveaux mondes, si différents de leur univers réel. Farida semble même vivre sur une autre planète : « la planète Farida », où les filles bougent en toute liberté, où l’on ne se marie plus comme avant, où il est permis de parler aux garçons, de faire la fête ou d’aller dans un bar, sans que ces actions aient des conséquences fatales. V. Langue d’ici/langue d’ailleurs ou l’entre-deux langues Un autre axe sur lequel nous voulons nous arrêter est l’entre-deux- linguistique. Les deux langues coexistant dans le roman de Farrudja Kessas sont le français, la langue de la société, de l’extérieur, et l’arabe (plus précisément l’arabe dialectal – le kabyle), langue de la famille, de l’intérieur, chacune étant employée dans des circonstances bien précises. Leur statut change en fonction de l’espace où l’on se trouve et surtout en fonction du locuteur : les parents considèrent l’arabe comme langue

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